La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Grèges N°3
Sous le papier, du talent
Revue pluridisciplinaire et polyglotte, Grèges réunit des auteurs inconnus dans une présentation qui en ferait presque un objet de bibliophilie.
La photo de Bernard Plossu, au centre de la page 30 est floue, comme le sont généralement les clichés de ce photographe. Prise de vue arrachée au quotidien qui en révèle autre chose que ce à quoi on aurait pu s’attendre. En vis-à-vis, Arno Bertina tente de mettre des mots sur ce flou-là, sur cette présence qui se dérobe et sur ce qu’elle révèle. La troisième livraison de Grèges, dont la...
Un livre
Le Nouveau Recueil N°49
Paul Valéry, Jean-Paul Hameury, Michèle Finck, Daniel Guillaume, Thierry Trani, Pierre, Martin-Scherrer, Philippe Denis, Benjamin Jordane, Adrienne Rich, Elizabeth Bishop, Claire Malroux, Antoine Emaz, Olivier Barbarant, Gérard Farasse, Marc Petit, Hédi Kaddour, Jean-Michel Maulpoix, Benoît Conort, Jean-Baptiste Goureau, Pierre Vilar, Jérôme Thélot, Pierre Fresnault-Deruelle
Les quotidiens mis au jour
Mélangeant proses et poésie, Le Nouveau Recueil joue le rôle de laboratoire de lectures pour des textes à paraître.Qualité et éclectisme.
Nous savons tous ce qu’est un paysage/ prés arbres collines et les ombres n’ontt pas de secret pour nous/ que cherchent-ils, les peintres ? » On pourrait renvoyer la question de Marc Petit à la plupart des auteurs qui ont comme lui contribué à ce N°49 du Nouveau Recueil. Ceux-ci, en effet, placent souvent leur lecteur devant un spectacle, un tableau littéraire, des architectures, des champs....
Un livre
la Huitième Élégie de Duino
de
Rainer Maria Rilke
Notre absence du monde
Roger Munier traduit et commente La Huitième Elégie de Duino de Rilke pour un éclairage sans filtre sur une œuvre qui questionne sans relâche.
Qui donc nous a inversés de la sorte que,/ quoi que nous fassions, nous ayons la contenance/ de quelqu’un qui s’éloigne (…) ainsi vivons-nous, sans fin prenant congé. » Composée après la Première Guerre mondiale, La Huitième Elégie de Duino fait partie de ces œuvres qui n’en finiront jamais de nous interroger. En quelques vers qui « défient la traduction » (Klossowski), le poète pointe le...
Un livre
Quelques instants d’elle
de
Alain Boudet
Quelques instants d’elle
C’est une poésie fragile qui condense quelques moments volés à une femme ou une enfant. Fragile, car elle est toujours proche de tomber dans une guimauve lyrique à convoquer sans cesse les oiseaux et le rire en éclats. Fragile parce que le ridicule est un ennemi qu’elle n’a pas peur d’approcher avec ses images ravissantes. Mais Alain Boudet évite à chaque vers le faux pas qui rongerait le...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


