La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Là où le soleil se tait
de
Marie Depussé
Là où le soleil se tait
Il faut un regard acéré et, même, amoureux pour arriver comme le fait Marie Depussé à un tel pouvoir d’évocation. Il faut, aussi, un certain courage dans la prise de risque impudique qu’elle prend à nous parler d’amour, de désir. Dans ces textes courts, où viennent à nous des portraits de taulards, des propos d’enfants, des détresses de femmes, l’écrivain rassemble tous les fragments épars de...
Goffette, par Bonnard
Après son Verlaine paru dans la même collection, Guy Goffette s’attaque à Bonnard via sa femme Marthe. Et capte chez l’autre son propre reflet.
Il n’en faut pas beaucoup à Guy Goffette pour s’enflammer au coin d’une rue. Il faut dire que le poète avance avec le cœur au bout des yeux. Même s’il écrit : « Tant de beautés et aucune qui console de mourir. »
Elle, par bonheur, et toujours nue serait né du coup de foudre que l’écrivain eut pour Marthe. Non pas une passante, mais la femme et le modèle de Pierre Bonnard. Entré dans un...
Génération générationnelle
La rentrée littéraire devient de plus en plus rentrée et de moins en moins littéraire. En tout cas dans sa partie immergée. Les oubliés de septembre sont la poésie et le théâtre. Il est vrai qu’on les oublie toute l’année.
La rentrée littéraire est donc une rentrée générationnelle. Notez ce nouveau terme de critique littéraire, vous allez le voir fleurir un peu partout. Partant du fait qu’il est plus facile de parler des livres de l’extérieur (nombre de pages, âge et sexe de l’auteur, thèmes abordés, etc.) que de l’intérieur (pensée, style) l’hebdomadaire de la profession Livres Hebdo mâche le travail des...
Sur le web
Au risque d’être accusé de diffamation, Le Matricule des Anges est bien obligé d’émettre une hypothèse dont les conséquences pourraient exclure François Bon d’une course à un quelconque prix littéraire : l’auteur de C’était toute une vie se dope à l’EPO. Comment expliquer autrement la richesse de son site internet, http://perso.wanadoo.fr/f.bon/ ?
Et puisque l’auteur nous donne le calendrier...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


