La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Passeport pour l’Afrique
Si l’on ne fait pas de littérature avec des bons sentiments, on ne voyage pas non plus avec des a priori. C’est fort de ce précepte que Shiva Naipaul (le frère de V. S.) s’est engagé, en 1978, dans un long périple en Afrique Noire. Pas question de remplir des albums photos, de goûter les spécialités du coin en lisant les journaux occidentaux. Pour Shiva Naipaul, plutôt que de parler de...
Un livre
La Concordance des temps
de
Serge Wellens
Sous les arbres, l’homme
Un écrivain peut fêter plus de quarante de poésie et le faire dans l’intimité. Quarante piges ne créent pas une célébrité. Surtout quand on s’appelle d’un nom aux accents flamands alors qu’on est né en 1927 à Aulnay-sous-Bois. Surtout quand on est rétif aux progrès au point d’écrire, en 1981, à propos de la télévision : « À présent que le ciel/ ne nous vient plus du ciel/ mais de cette...
Que vivre sinon l’amour ?
Né en 1911 dans la Moselle, Lucien Becker eut très tôt la conviction qu’il serait un« homme dont le nom n’est sur aucune lèvre ( et qui) va devenir un simple trait sur l’horizon. » Hanté par l’idée de la mort et convaincu de l’insignifiance de tout ce qui la précède, il ne trahira son nihilisme que pour deux passions : l’écriture et l’amour. Mort, amour, poésie : voilà la sainte trinité...
Un livre
Trois Peupliers d’Italie
de
Jean-Pierre Georges
Trois peupliers d’Italie
Poète du quotidien, Jean-Pierre Georges délaisse de plus en plus le vers pour une prose faussement dilettante, joliment désabusée. Un air de Perros sur un rythme de Chardonne. Ou le contraire. En soixante-dix textes brefs, qui n’excèdent jamais une page, l’écrivain laisse entendre le tic-tac du temps qui tisse l’ennui d’être vivant. C’est que le bonhomme est comme cette pie qu’il « pousse du...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



