La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Cet été
de
Anna Gibson
Cet Ete
Le premier roman de cette traductrice donne l’impression d’être murmuré. La narratrice note les gestes et les pensées d’un été passé avec son ami étranger Curt à La Courneuve. La succession d’étranges rêves de nuits agitées, le calme des journées que la foule a désertées. Pour autant qu’on sache apprécier la vie, le bonheur n’est pas que dans le pré : « Chaque matin, nous aurons eu la chance...
Un livre
L' Ere tertiaire
de
Nicolas Bourriaud
Un Kafka au nez rouge
David trouve du travail alors même que Beth, sa compagne, le quitte. Un malheur n’arrive jamais seul. Il faut dire que Beth ne pense qu’à mettre la main sur Jachetti, tueur en série à « l’encéphale strictement décoratif », qui, influencé par la radio et la télévision, s’amuse à mutiler ses victimes en produisant son propre commentaire : « Ehhhh oui Jachetti prend son hachoir avance vers le...
Un livre
Le Stage agricole
de
Christophe Duchatelet
Le Stage agricole
Maurice, en vacances avec Colin et Roland, arrive par hasard ou par mégarde à Reverdure, un patelin perdu et étrange où les animaux portent parfois des têtes humaines (parodie de Truisme ?). Ce ne serait pas tragique si, par un enchaînement de circonstances, Maurice ne se trouvait pas contraint de rester là et d’effectuer un stage aux arrière-goûts de cauchemar. Loin d’être un roman...
Un livre
Journal d’un tueur vénitien
de
Christophe Derouet
Journal d’un tueur vénitien
C’est probablement le plus original premier roman de cette rentrée. Christophe Derouet ne se contente pas de détourner deux genres d’un coup : le journal intime et le polar ; il le fait avec l’assurance d’une langue souvent somptueuse et l’intelligence coquine d’un fin lettré. Le héros de ce journal, émarge à la rubrique tueur d’une improbable chambre du commerce. Il est souvent lui-même...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

