La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Une halte au paradis
de
Bruno Doster
Une halte au paradis
Le paradis dont il question dans ce roman n’en serait pas un pour tout le monde : il s’agit d’un appartement où le rouge domine. C’est là que le narrateur s’est calfeutré. Il a obturé fenêtres et porte pour que ni la lumière du jour ni l’obscurité de la nuit ne passe. Il a enfermé sa montre dans un tiroir pour arrêter le temps. Dans ce huis clos hermétique, l’homme porte d’étranges cravates...
Un livre
L' Ami du jars
de
Guy Goffette
L’Ami du jars
Poète (La Vie promise, Gallimard 1991), Guy Goffette taquine aussi la prose (Verlaine d’ardoise et de pluie, Gallimard 1995) avec un même bonheur. Encore que le mot « bonheur » ne soit guère adéquat à définir l’univers de cet écrivain. Pour preuve ce court récit, embourbé comme un air de blues sous « un ciel plus souvent bas qu’à son tour ». L’Ami du jars raconte trois fois rien : la solitude...
Un livre
Escalier sur jardin
de
Michel Gremeaux
Fenêtre sur Chlo
Longue nouvelle ou court roman, le premier livre de Michel Gremeaux connu surtout pour son rôle de directeur de la revue L’Anacoluthe, s’inscrit résolument dans la ténuité des choses. L’action qui tend le récit dure, précisément, trente secondes. Une demi minute durant laquelle un espion ou un voyeur se fait surprendre par le sujet de son observation : une jeune fillette de onze ans. Chlo,...
Les amnésiques n’ont rien vu d’inoubliable
Chaque jour, à 13h30 sur France Culture de joyeux drilles jouent les papous en s’essayant à des jeux oulipiens. Hervé Le Tellier n’y est pas le dernier de la classe. L’auteur de l’excitant roman Le Voleur de nostalgie (Seghers, 1992) a dû apprécier le jeu qui consiste à prononcer une phrase commençant invariablement par « Je pense que », comme s’il fallait, invariablement, définir le monde en...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


