La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Jonquet : écrivain-légiste du corps social
En près de dix romans policiers ou livres à destination de la jeunesse, Thierry Jonquet fait l’autopsie d’une société malade. Si les corps ont autant d’importance dans ses écrits, c’est bien parce qu’ils portent les symptômes d’une maladie qui les dépasse.
Le Pauvre nouveau est arrivé ! est un roman à l’image de son titre : ironique, il s’en prend à la figure de l’abbé Pierre devenu serial killer de SDF. Si Dieu, parfois, vient parler à l’abbé, c’est pour lui donner un cours d’économie marxiste dont le seigneur est très friand depuis la montée de Karl au paradis. Roman atypique dans l’oeuvre de Thierry Jonquet, Le Pauvre nouveau est...
Un livre
Oui
de
C. Tarkos
Entre Tardieu et Novarina
Avec une énergie étonnante, les textes de Christophe Tarkos dans Oui jouent une sarabande endiablée où la phrase perd ses lambeaux de sens.
Disons-le tout de suite : malgré un très beau travail éditorial, la lecture du cinquième livre (poétique ?) de Christophe Tarkos est éprouvante. D’abord parce qu’elle nécessite du souffle. Sur le mode du ressassement en spirale les textes de Tarkos sont comme une armée de chiens occupés à se mordre chacun leur propre queue. À le lire, on a la tête qui tourne et l’on est pris, qu’on le veuille...
Tabucchi se perd à Rome
Roman policier, fable ou roman d’apprentissage ? Le nouveau livre d’Antonio Tabucchi navigue dans les eaux de ces différents genres. La découverte d’un cadavre sans tête déclenche l’enquête d’un journaliste de la presse à scandales, par ailleurs préoccupé de littérature. Enquête est un bien grand mot. Firmino, le jeune reporter, ne fait que suivre la voie toute fléchée qu’on lui désigne. Il...
Les interstices de la solitude
Avec son deuxième recueil de nouvelles (après Le Second Enfant, La Différence, qui obtint le prix Prométhée), Dominique Mainard, 30 ans, confirme son talent de conteuse. Le Grenadier offre neuf nouvelles aussi envoûtantes les unes que les autres, dans lesquelles on pénètre chaque fois comme dans une chambre mystérieuse. C’est que Dominique Mainard aime semer le trouble en jetant dans ces...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



