La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un éditeur
La chasse spirituelle
Créée il y a un an, la maison d’édition Novetlé associe l’élégance, la finesse et la qualité littéraire. Commelle prend son temps, elle devrait durer.
On repère une maison d’édition à son logo, sa couleur, parfois à son papier. Novetlé (prononcez novélé) réunit ces trois paramètres d’une façon tout à fait réussie. En effet, cette maison d’édition, créée par Jean-Michel Binsse et Catherine Martinez, offre la qualité graphique de son logo, un idéogramme chinois dessiné par Victor Segalen ; celle du papier, un Galgo qu’on ne trouve qu’en...
Le réel interrogé
Sous couvert d’une histoire policière qui met en scène un commissaire confronté à un serial killer de vieilles dames, Juan José Saer a construit un roman étourdissant où, finalement, la seule enquête consiste à savoir ce qui est réalité et ce qui ne l’est pas. Ou plutôt, consiste à savoir ce qu’il y aurait de réel dans la fiction et de fictionnel dans la réalité. L’Argentin investit...
Un livre
Sans Nom
de
William Wilkie Collins
Sans Nom
Sans Nom
de William Wilkie Collins
Né en 1824 à Londres où il meurt en 1889, Wilkie Collins apprit à son ami Dickens à composer des intrigues policières. À le lire, on devine combien le professeur maîtrisait son sujet. Sans Nom fait immanquablement penser au récent Quinconce de Charles Palliser qui s’en est inspiré. À la suite d’un drame, deux jeunes sœurs destinées au bonheur, perdent...
Un Tombeau pour Félicien
Un Tombeau pour Félicien
de Jean-Marie Barnaud
Félicien est mort sans que son existence ait pu être déchiffrée par ses plus proches. Sa mère d’abord qui n’accepte pas la disparition et demande à ses amis de retracer le portrait du fils afin d’y voir un peu mieux. Son meilleur ami, sans cesse admiratif parce qu’il voyait en Félicien ce qu’il voulait voir en lui-même. Félicien mort, ces...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



