La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Les Loups du paradis
de
Sophie Chérer
Parier sur la vie
Le deuxième roman (pour adultes) de Sophie Chérer a la force de l’évidence. Il associe la générosité d’une langue à un engagement salutaire.
Est-ce d’avoir lu et relu Giono qu’elle place en exergue de son deuxième roman, est-ce d’avoir débusqué dans les phrases du maître de Manosque la nature des senteurs qui leur donne une saveur ? Est-ce d’écrire pour les enfants, pour eux d’avoir appris à rouler sous les mots des images qui bousculent l’imagination ? Toujours est-il que Sophie Chérer a atteint avec Les Loups du paradis des...
Un auteur
« Il est devenu nécessaire de repenser l’avant-garde »
De la période subnormale aux derniers textes parus, Manuel Vázquez Montalbán a toujours cherché à saisir le réel non pas en tirant l’écriture vers plus de transparence mais en l’engageant dans la voie du « métissage », tentative de décryptage.
C’est comme auteur de romans policiers que l’on a découvert Manuel Vázquez Montalbán en France au début des années 80. Aujourd’hui tout le monde sait qu’il est l’inventeur d’un détective, Pepe Carvalho, dont l’un des gimmicks est de bien manger dès qu’il est contrarié. Pourtant, à côté de cette « comédie humaine de la transition démocratique » qu’est la série des Carvalho, Vázquez Montalbán...
Un auteur
Manuel Vázquez-Montalbán : l’enfant populaire de Barcelone
Né dans les quartiers populaires de Barcelone, son engagement à l’ère franquiste lui valut la geôle. La dénonciation, par la fiction, du régime d’alors lui permettra de se faire très vite un nom parmi les intellectuels de son pays. En donnant naissance au détective Pepe Carvalho, il a accentué sa popularité.
Le Barrio Chino, ce quartier populaire qui s’appuie sur le port de Barcelone, déploie un labyrinthe de rues étroites et sombres. Les chiens y errent ; sur les places les enfants jettent des pulls en guise de poteaux de foot et tapent dans des ballons considérablement dégonflés. Ici ou là, les bulldozers creusent de grands pans de ciel découvrant momentanément les squelettes lépreux des...
décembre 1996
Le Matricule des Anges n°18
Un auteur
Le blues du montagnard
Résolument original parce qu’il dresse la singularité de l’être comme une exigence vitale, Daniel Giraud est une figure de la poésie en « circuit parallèle ».
Pour rendre visite à Daniel Giraud dans sa ferme ariégeoise, il faut savoir éviter les chiens qui se jettent sous les roues des voitures, ne pas glisser sur les pommes qui par dizaines jonchent les voies étroites et repérer la boîte aux lettres verte, qui, en bordure d’une forêt, signale le chemin « pas carrossable » conduisant à la vieille masure. C’est le trou du cul du monde, mais pour...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

