La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Pulsion
de
Clotilde Escalle
Escalle en enfer
D’une écriture fragmentaire, outrancièrement déchirée parfois, le deuxième roman de Clotilde Escalle (son précédent, Un Long Baiser avait été publié par Manya en 1993) semble s’inscrire dans une certaine mode : celle, en écho à l’actualité, des jeunes meurtriers, mal dans leur peau, mal dans leur vie, mus par un irrépressible désir de détruire. Ainsi Pauline et François, jeunes amants pour...
Des livres
Plutôt que d’en pleurer
de
Gil Jouanard
L' Envergure du monde
de
Gil Jouanard
Marseille en autobus
de
Gil Jouanard
Le spectateur mobile
En bus ou en train, Gil Jouanard projette sa tendresse sur les paysages qui passent, sans oublier que c’est nous qui passons dans le temps.
On savait Gil Jouanard plus prompt à décrire les paysages qu’à dépeindre le caractère des hommes. Son précédent livre, Plutôt que d’en pleurer (Verdier), restera donc une parenthèse dans une œuvre si prolixe aujourd’hui qu’on se demande si, bientôt, chaque mois n’apportera pas sa livraison régulière « du » Jouanard. On aurait tort de s’en plaindre. D’abord parce que l’écriture de cet amoureux...
la ferveur de l’abandon
En six textes lumineux et sombres, Claude Louis-Combet éclaire la part la plus obscure de l’être humain. Entre extase et monstruosité.
Écrite à l’origine pour Les Cahiers Gilles de Rais, la nouvelle qui donne son nom au recueil s’ouvre sur le sentiment de plénitude et de profond accord avec la nature que donne la foi. Un enfant se rend à sa première communion, près de Machecoul. « En cette affaire (…) qu’un démon avait peut-être inscrite, avant tout commencement, dans la figure des constellations, la pensée de la communion...
54X13
54 x 13
de Jean-Bernard Pouy
Les nostalgiques du Tour de France qui envisagent avec morosité l’attente de la prochaine édition se consoleront avec les parutions des chroniques sur le sujet d’Antoine Blondin (La Table Ronde) et d’Albert Londres (Le Serpent à plumes ou Arléa pour le même texte). Ils pourront aussi se régaler avec ce roman de Jean-Bernard Pouy. Écrit au rythme d’une échappée...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



