La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Lettres familiales
de
Zheng Banqiao
La correspondance d’un humaniste chinois
La publication des Lettres familiales de Zheng Banqiao est exceptionnelle à plus d’un titre. Pour la qualité de ce texte du XVIII° siècle, pour celle de la traduction et, surtout, pour la beauté du produit fini. L’oeuvre d’un éditeur talentueux.
S’il l’on devait attribuer la palme du plus bel ouvrage littéraire de l’année, on ne voit pas comment cette distinction pourrait échapper à Lettres familiales que Jacques Neyme, le direteur des éditions Encre marine vient de publier. En revanche, il serait tout à fait improbable que l’éditeur obtienne un jour une récompense pour ses qualités d’homme d’affaires.Voici, en effet, un ouvrage...
Les veillées du couvent
Dans son format très réussi, Les Veillées du couvent inaugure une nouvelle collection des éditions Séguier joliment intitulée « Carré chair ». On aura compris (le titre est explicite, accompagné de son étrange signature) qu’il s’agit-là d’un ouvrage propre à séjourner dans les enfers des bibliothèques.
Encore que, ici, l’érotisme annoncé ne devrait, en bout de course, ne guère affoler les...
Un livre
Vies et morts d’Irène Lepic
de
Mehdi Belhaj Kacem
Le manifeste d’un ténia
Le troisième livre de Mehdi Belhaj Kacem est une formidable entreprise de libération de l’individu. Vies et morts d’Irène Lepic, par la rigueur de la pensée qui s’y fait jour, prend l’apparence d’un manifeste intime.
A priori, il ne devrait pas être difficile de faire de Mehdi Belhaj Kacem un auteur phare (pour ne pas dire « culte ») de la jeune génération. Beau gosse, un brin décalé, le garçon possède un talent indéniable -c’est-à-dire immédiatement visible- et une vitalité dans l’écriture qui ferait frémir n’importe quel stakhanoviste de la machine à écrire. N’en est-il pas, à 23 ans, à son troisième...
Des livres
La Grande Beune
de
Pierre Michon
Le Roi du bois
de
Pierre Michon
Un pêcheur en eaux troubles
L’écriture de Pierre Michon est comme un piment mexicain : il suffit de peu pour en avoir plein la bouche ; à ceciqu’avec Michon le goût est riche de mille finesses, de saveurs diaprées. Un festin pour nous.
On a longtemps attendu de l’auteur des Vies minuscules une chose à laquelle Michon lui-même aurait voulu accoler le nom de grand-œuvre. On a lu des extraits dans la NRF et dans la revue Théodore Balmoral d’une puissante promesse qui s’intitulait alors L’Origine du monde. Un projet si vaste et si plein qu’il semblait écarter son auteur de toute publication depuis Rimbaud, le fils. On s’en...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


