La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Charles Palliser : docteur ès embrouilles
Après le monumental Quinconce (cinq volumes), l’écrivain d’origine américaine revient avec un nouveau roman casse-tête. Trahisons : un livre-labyrinthe.
Si l’on demande à Charles Palliser de résumer son deuxième roman, l’Américain, qui vit en Grande-Bretagne dpuis l’âge de huit ans, s’excuse dans un sourire : sans les plans qu’il dressa pour l’écriture de Trahisons, il se sent bien en peine d’accéder à la demande.Bien qu’écrit en seulement trois ans (Le Quinconce avait nécessité douze ans d’écriture), Trahisons fait preuve d’une telle...
Un livre
Tous Ceux qui passent
de
Thierry Bouchard
Allégeance à la littérature
D’une écriture très élaborée, entre poésie et prose, Tous ceux qui passent, le premier recueil de Thierry Bouchard joue l’alchimie de l’intime.
Tous ceux qui passent de Thierry Bouchard, par ailleurs éditeur et directeur de la revue Théodore Balmoral regroupe sept textes dont cinq parurent au préalable en revues.Chacun porte en titre un prénom. On pourrait donc raisonnablement s’attendre à sept portraits.Et, de fait, il est fort possible que ce soit bien ce que l’auteur ait voulu faire.Sept portraits de petites gens (puisque nous ne...
Des livres
La Bruyère incendiée
de
Colm Tóibín
Bad Blood
de
Colm Tóibín
Colm Tóibín l’européen
Ecrivain voyageur et journaliste attentif, Colm Toíbín est en passe de devenir une des figures de la jeune litérature irlandaise (avec Joseph O’Connor). Sa recette : rester au plus près des faits, réels ou fictionnels.
Dans Bad Blood, le livre où il raconte ses pérégrinations pédestres sur la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, un des hôtes de Colm Tóibín le prend pour un comédien homonyme. Méprise facile quand on rencontre l’écrivain, dont le visage laisserait rêveur le mime Marceau lui-même.
Journaliste, critique littéraire et grand voyageur, Colm Tóibín, dans son premier roman...
Une somme séculaire
Il est des livres qui nourrissent autant l’esprit que le corps.Entendez qu’à les lire on s’enrichit et qu’à les porter dans un sac on se muscle. L’Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle aurait de quoi effrayer les paresseux. Ses presque huit cents pages s’offrent au lecteur comme un trop volumineux mille-feuille à la devanture d’une boulangerie.On a envie d’y croquer, mais on...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



