La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Régine Detambel, la vie d’une enfant stakhanoviste
Le monde entier est dans les lettres. Forte de cette certitude, Régine Detambel s’est construit une existence de lectrice et d’écrivain. Loin des tumultes et des tensions, son univers de mots et de papier développe, à chaque parution d’un de ses romans, une sensibilité écorchée depuis l’enfance.
Des arbres en bord de route, un virage où s’est échoué un vieil hôtel abandonné : c’est tout ce qui sépare Montpellier de Juvignac où vit Régine Detambel. Presque rien. Mais assez d’arbres quand même, et un rétrécissement de la chaussée qui suffisent à donner au lieu un autre temps, un autre rythme, une paix. Derrière une haie, en bordure du trottoir, un chien aboie quand on passe là. Le...
Un éditeur
Les parutions singulières de Tristram
Amateurs de rock, de bonne techno et de football, les animateurs de Tristram ne se singularisent pas dans la profession de par leurs seules passions. Originale en diable leur production est le reflet d’une éflexion permanente. Portrait d’un éditeur polymorphe.
Les parutions singulières de Tristram
À l’écart d’Auch où, l’été sur les terrasses des cafés passe au ralenti, le chemin qui conduit à la maison des éditions Tristram nécessite de conduire avec un doigt sur le klaxon. Pour, à chaque virage, inviter une éventuelle voiture venant en sens inverse à se serrer sur le bas-côté. C’est une route d’agriculteurs qui dessert la maison ; elle a la...
Des livres
Perpendiculaire N°1
Perpendiculaire N°2
Perpendiculaire N°3
Debouts, les vivants
Novatrice et séduisante, le Revue Perpendiculaire prouve le contraire de ce qu’elle affirme : la bonne vitalité de la création littéraire française.
S’il fallait donner un palmarès des revues de création, il est probable que nous placerions La Main de Singe sur le podium de la catégorie « littérature étrangère ». La course aux récompenses serait plus indécise pour les revues concourant en catégorie « prose française ». On jugerait selon la qualité des textes publiés (le côté anthologie), les risques pris (le côté défricheur), les noms au...
Hôtel du nouveau monde
L’Américain Samuel Astrachan retrouve ses origines avec son deuxième roman traduit en français. L’histoire à la Tchekhov d’une famille juive.
Si un hôtel est le lieu où l’on passe, il est donc une belle métaphore pour parler de la vie. Pour Samuel Astrachan, né à New York en 1934, issu d’une famille juive de Russie, il est fort à parier que l’hôtel dont il est question est aussi une véritable boîte à souvenirs.
En 1947, l’Hôtel Sevilla est tenu par et pour des Juifs, originaires de la même région, là-bas, en Russie. On imagine...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


