La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Le « Tandis que j’agonise » de Lobo Antunes
Le huitième roman traduit en français d’António Lobo Antunes mêle autour d’un jeune drogué agonisant les voix de ses proches. Monologues intérieurs de gens ordinaires auxquels la mort ou la folie apportera la paix.
Lorsqu’Alvaro apprend, une nuit, qu’il va être père se fait jour une réalité cruelle : il n’aime pas sa femme, il ne l’a jamais aimée.Et il le lui dit, aussitôt, alors qu’elle est prise des nausées dues à sa grossesse : « - Je ne t’aime plus, pardon, je crois que nous ne nous sommes jamais aimés, je crois que je ne t’ai jamais aimée. (…) ce n’était pas de l’amour, c’était autre chose, nous...
Un auteur
António Lobo Antunes : toucher le coeur des hommes
L’oeuvre d’António Lobo Antunes charrie les obsessions d’un homme hissées au rang de l’universel. Cruelle, railleuse et ironique, sa langue crée la poésie lyrique d’un chant plyphonique en deuil d’un paradis perdu. Tentatives de visite guidée.
António Lobo Antunes est un écrivain rompu à l’exercice de l’interview. Sa position de favori, deux ans de suite, à l’obtention du Prix Nobel de littérature a drainé chez lui, et même chez ses parents, les télévisions, les radios et la presse portugaises. Pour autant l’homme ne semble guère aimer parler de sa vie pas plus que de son œuvre. Il se livre donc à un exercice de funambule qui...
Un auteur
António Lobo Antunes : le bonheur est dans le passé
Favori deux fois de suite du Prix Nobel de Littérature, et deux fois déçu, le Portugais António Lobo Antunes a bâti une oeuvre où tout un peuple se reconnaît. Entre Joyce (ses monologues intérieurs) et Proust (la majestueuse architecture de ses phrases), Lobo Antunes a sa place parmi les plus grands écrivains de ce siècle.
Lisbonne est un quai immense au bord duquel les Lisboètes semblent suspendus, attendant des bateaux orange qui font la navette entre les deux rives qu’ils les amènent un jour de l’autre côté du monde.Rêvant peut-être encore du retour du roi Dom Sébastien, monarque messianique disparu à la bataille d’Alcácer-Quibir en 1578 abandonnant alors les Portugais à l’Espagne. Au bord du Tage, sur la...
Un auteur
Christine Angot l’ambiguë
Cruelle, tendre et impudique l’oeuvre de Christine Angot se donne tous les moyens de ne pas être prise pour ce qu’elle est : de la littérature. La preuve par le roman avec la sortie d’Interview.
Dans Léonore, toujours (L’Arpenteur), Christine Angot proposait le journal d’une jeune mère écrivain, dont la naissance d’une fillette, Léonore, mettait en péril le travail d’écriture. Cette narratrice qui s’appelait aussi Christine Angot, renonçait à l’élaboration d’une œuvre pour, simplement, marquer à l’encre noire chaque jour passé avec sa fille. Le bonheur de la maternité (ses angoisses...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


