La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Le Château de Béla Bartók
de
Max Genève
Batók, compositeur incarné
La biographie romancée constitue un genre ingrat : elle est à l’histoire ce que le hamburger est à la gastronomie et souvent elle englue le lecteur dans une guimauve de princesse. On pourra donc n’être que reconnaissant à Max Genève de nous épargner les mièvreries d’un genre qui alimente les conversations des salons de thé surannés. Le Château de Béla Bartók offre, de plus, une perspective...
Un livre
Moi, Paul Marie Verlaine, père et mère
de
Philippe Faure
L’amour sans partage
Comédien, metteur en scène et écrivain, Philippe Faure habite Verlaine dans une pièce où chaque mot sonne juste. Parole incarnée.
On imagine aisément un plateau nu, une demi-pénombre que les projecteurs soulignent en laissant flotter dans leur rai lumineux quelques poussières en suspension.Sur la scène, un homme seul, ou presque. Ce serait un décor d’avant la mort, où tout l’horizon s’offre sans jamais se donner. Le silence d’abord et cette parole qui vient tout à coup emplir l’espace. Avec Moi, Paul Marie Verlaine,...
Le vit et les nonnes
D’une belle facture, les livres de la nouvelle collection des éditions Allia sont en eux-mêmes des objets de plaisir. La Vie des nonnes de Pierre Arétin (1492-1556), tirée de ses sulfureux Ragionamenti, trouve donc un plumage digne de son ramage. Très profondément érotique, voire pornographique, La Vie des nonnes se présente sous la forme d’un dialogue entre Antonia et Nanna. Cette dernière...
Un livre
Adrienne ou la liberté
de
Robert Detry
Ni ange, ni démon
Voici une première tentative romanesque assez déroutante. Séduisant parfois, irritant quelques fois, Adrienne ou la liberté donne l’impression d’avoir été composé dans ses propres marges, de n’exister qu’en dehors de soi. Comme si l’écriture avait été le fruit d’une colonie de mites qui auraient choisi, assez arbitrairement, de ne consommer que certaines phrases du roman. Il reste de quoi...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


