La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Les courses éperdues de Branimir Scepanovic
Bâtisseur d’improbables scénarios, le Monténégrin Branimir Scepanovic dresse des cathédrales de lumière sur la boue de l’âme humaine.
Le « grand grand monument » de la littérature qu’évoquait Linda Lê dans le MdA N°13, La Bouche pleine de terre de Branimir Scepanovic, a été publié pour la première fois en français en 1975 par L’Age d’Homme. Sa réédition date de 1993.
Récit fulgurant et visionnaire d’un écrivain yougoslave né en 1937, La Bouche pleine de terre raconte la fuite d’un homme pourchassé à travers une vaste...
Un livre
Humbles et Phénomènes
de
Jacques Durand
La plume de l’aficionado
Il y aurait fort à parier que certains jours d’été, les lecteurs occasionnels de Libération soient plus nombreux, et que parmi eux, un certain nombre n’ouvrent le quotidien qu’à la rubrique « Tauromachie ». Les articles de Jacques Durand sont le pire fléau pour les détracteurs de l’art taurin. Ses papiers éclairent les courses de toros de tant de manières, que des caractères d’encre...
L’exploration d’une vie
Dans une ville de l’Hérault, une mère se suicide. Elle suivait un atelier d’écriture avec un écrivain qui va chercher à reconstituer la vie de la jeune femme. C’était toute une vie ou la plongée en eaux profondes.
La plupart du temps dans C’était toute une vie, le narrateur ce n’est pas « je » ou « il », c’est « on ». Un « on » qui hésite entre je et nous, qui héberge pas mal de « eux » aussi, comme si celui qui parle, ne parlait finalement qu’à partir de l’expérience des autres, comme s’il n’était que le réceptacle de leur vie, ou plutôt de ce qui lui est possible de comprendre de leur vie....
Chronique du cirque dans le désert
Sa mère, un matin, tua son père d’un coup de carabine. Ensuite elle alla dans le jardin cueillir des poires, en chantonnant.« Les vingt-cinq nouvelles qui composent ce recueil sont à l’image de la chute de Un Crime : étonnantes, légères et décalées. Nous sommes loin du style baroque du seul roman de Xavier Bazot -Tableau de la passion (P.O.L, 1990)- qui préfère ici une prose simple, humble...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



