La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Le tempo contre le temps
Purifi l ’air des montagnes, le nouveau roman de Christian Gally, Be Bop prend la mesure du temps qui passe. Sans pathos et avec une grâce divine.
Qu’est-ce qui t’est arrivé ? dit Fernand.Je me suis coupé, dit Lorettu, s’attendant à ce que Fernand lui demande en quoi faisant. Ça n’a pas loupé.En quoi faisant ? dit Fernand, s’attendant à ce que Lorettu lui réponde en me rasant. Ça n’a pas loupé.En me rasant, dit Lorettu. » On pouvait se demander où Christian Gailly allait pêcher ce genre de répliques qui depuis Dit-il (1987) sont la...
Un livre
Le Prince de la fourchette
de
Olivier Bleys
Exercice de style
Olivier Bleys n’a pas l’âge de son écriture : cet auteur de vingt-cinq ans s’est amusé (la jubilation pointe à travers certaines phrases) à imiter les grands anciens, ceux que l’Éducation nationale impose à notre fréquentation. On trouve, entre autres, beaucoup de Rabelais, une pincée de Villon, un quintal de Voltaire et une légère dose de Marivaux dans cette cuisine où le fumet importe plus...
Un livre
Le Bleu du temps
de
Hubert Haddad
Les accros d’Haddad
Le Bleu du temps explore l’antichambre dans laquelle tout réateur reçoit ses pulsions. Au risque d’enfermer lelecteur sous la surface des choses.
Il est des romans qui font penser à des mines, ces bombes qui n’attendent qu’une imprudence pour exploser. Le Bleu du temps d’Hubert Haddad est de ceux-là. La mécanique sur laquelle il repose multiplie les aiguillages, les circuits dérivés. A priori, cette histoire de peintre retiré dans un Londres brumeux, désireux de fuir un passé glorieux aurait de quoi, simplement, séduire. Mais Hubert...
La proche étrangère
La Correctrice de David Nahmias dresse le portrait pathétique d’une jeune fille qui rêve encore de perfection et d’un écrivain qui ne rêve plus.
Entre un écrivain à la vie invertébrée et une correctrice obsédée par la pureté, l’ordre, que peut-il arriver ? Rien. Et ce rien-là sonne comme un glas.
Aux marques qu’il laisse, à la modification qu’il impose à l’esprit du lecteur, on jugera de la qualité du deuxième roman de David Nahmias, La Correctrice. Quand, la lecture achevée, un flottement colle comme un morceau de sparadrap aux...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



