La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Le jardin clos
C’est un jardin public où Elsa s’est faite attaquée et violée en plein jour sous le regard de son ami figé par la peur. Jardin public devenu clos pour lui, le lâche, qui fait alors le sacrifice de sa vie à l’extérieur, pour rester cloîtré là parmi les tulipes, les jonquilles et les narcisses tout comme le personnage d’un film de Tarkovski faisait le vœu de ne plus parler. Une trame...
Un livre
Le Dimanche des réparations
de
Sophie Chérer
Les bonheurs de Sophie
Sophie Chérer entre en littérature (adulte) par une autre porte que celle qu’emprunte la majorité des néophytes de sa promotion. Pas d’introspection, pas de recherche du père et, heureusement pas d’écriture blanche (sujet-verbe-complément) qui rend incolores bon nombre de romans. De la couleur, il y en a dans Le Dimanche des réparations, car Sophie Chérer est allée chercher sa palette du côté...
Un auteur
Medhi Belhaj Kacem
En un été et deux romans, Medhi Belhaj Kacem s’est construit une oeuvre qui devrait compter dans ce siècle. Maniant la langue française comme peu savent le faire, MBK inocule son virus dans la littérature molle.
L’arrivée du premier roman de Medhi Belhaj Kacem, au début de l’été, s’accompagnait d’une évidence rarissime : celle d’avoir là un très grand écrivain. Si Cancer (cf MdA N°8) est le roman du sortir de l’adolescence, 1993 qui paraît aujourd’hui poursuit chronologiquement l’expérience intérieure du dénommé Kacem. On le retrouve S.D.F., rongé par la faim. « De la tête aux pieds j’étais...
Un auteur
Aujourd’hui, la littérature est une activité de perdant
L’écriture de son quatrième roman a été longue et douloureuse. Olivier Rolin est allé chercher au plus profond d’une déchirure la langue de ce roman. Entre confession et rigueur littéraire, entre la tristesse et la rage, Port-Soudan est le roman lucide de l’échec. C’est aussi une réussite.
« Aujourd’hui, la littérature est une activité de perdant »
Pour ces premiers jours de septembre, Paris était à l’image du Paris de Port-Soudan et comme le narrateur de son roman, Olivier Rolin revenait de la Mer Rouge. Notre rendez-vous avait été fixé en début d’après-midi, rue Jacob, dans les bureaux du Seuil son éditeur et son ancien employeur. Ce jour-là, L’Express donnait sous la...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


