La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Des livres
Un triptyque
de
Armande Gobry-Valle
La Convulsion des brasiers
de
Armande Gobry-Valle
Gobry-Valle pathétique
Les deux derniers livres d’Armande Gobry-Valle sont la signature d’un grand écrivain. Pourquoi ? Parce qu’ils sont porteurs de tant d’émotion que la tristesse devient un vrai bonheur.
Armande Gobry-Valle, lauréate du Goncourt du premier roman 1991 avec Iblis ou la Défroque du serpent, s’est attachée dans Un Triptyque aux destins de trois femmes, trois générations d’une même lignée qui traverse le siècle. La vie quotidienne de trois femmes qui ont le malheur pour style de vie. Des histoires qui pourraient être banales. Seulement voilà : le regard de l’écrivain, son extrême...
Un livre
Futur, ancien, fugitif
de
Olivier Cadiot
Ecrire écrit-il
Futur, ancien, fugitif est un livre coriace, dur, réticent à se laisser comprendre. Olivier Cadiot, avec un pinceau ferait des toiles non figuratives. Ici, la langue se dévêt de sa fonction de communication, elle reste, pantelante, comme un corps en décomposition qui laisse apparaître dans sa pourriture son essence même. Heureusement, l’auteur a la gentillesse de baliser de çà, de là son...
Un éditeur
Les nouvelles plumes du Serpent
La revue de nouvelles, le Serpent à Plumes se métamorphose en maison d’édition. Sortie des anciens numéros en un joli format de poche avant les inédits programmés pour la rentrée.
C’est en septembre1988 que paraît pour la première fois cette étonnante revue au titre évocateur d’un Mexique mythique, Le Serpent à Plumes. Le nom est une référence, entre autre, à D.H. Lawrence et à la littérature anglo-saxonne, où la nouvelle est en meilleure santé qu’en France. C’est aussi le choix de Pierre Astier, le fondateur et directeur de publication, après un voyage effectué au...
Un livre
Zone dangereuse
de
Alexander Stuart
Le Stephen Frears des lettres
Alexander Stuart avec Zone dangereuse a réussi un roman troublant. Dans une Angleterre arrosée de pluie, une histoire d’inceste avec une Lolita sortie du mouvement punk.
Alexander Stuart écrit comme un amant soulève la bretelle d’un soutien-gorge : la plume suggère d’abord et révèle ensuite. Guetté avec impatience, l’objet convoité apparaît alors dans toute sa nudité. L’effet est assuré. Le soutien-gorge arraché dans Zone dangereuse est celui de Jessie, la soeur nymphomane de Tom, le narrateur. Tom aime faire son autoportrait en voyou moderne de l’époque...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...

