La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Alain Nadaud : La recherche du zéro de l’écriture
Alain Nadaud est l’auteur de superbes romans d’aventures métaphysiques. Il est surtout un acteur engagé du monde des Lettres. Septembre nous offres à la fois un nouveau numéro de Quai Voltaire la revue qu’il anime et d’un essai Malaise dans la littérature. Portrait d’un homme exigeant.
Dans le petit domaine des lettres françaises contemporaines, un auteur qui n’écrit pas « Je » à chaque début de phrase, fait figure de suspect. Si cet étrange individu, aux prétentions littéraires avouées, s’entête à situer l’action de ses romans dans un antiquité très lointaine, c’est alors forcément un emmerdeur de première. Si, enfin, ce rebelle s’ingénie à créer avec un peu de religion,...
Un auteur
André Marcon : la voix de Novarina
Sortie, en disque compact, de L’Inquiétude, le monologue de Valère Novarina joué par André Marcon. A écouter avant la parution, en juin du texte aux éditions P.O.L.
Main divine, lève-toi de moi, arrache de moi ce plafond !
Que faire d’une vie avant la mort ? » La voix monte, monte vers d’inaccessibles cieux, s’enroulant en fin de souffle, comme une déferlante, résonnant encore, le verbe tu, fouillant de ses mots le ventre de l’auditeur. L’Inquiétude de Valère Novarina vous prend au foie, à l’organique, vous touche physiquement, porté, lancé, jeté par...
Stefano Benni, le rire de l’angoissé
Baol de l’Italien Stefano Benni ressemble au 1984 d’Orwell revu à la sauce Monthy-Pyton. Mais derrière le rire, se profile la gravité d’un clown désespéré. Baol, c’est magiquement drôle.
Stefano Benni nous présente un drôle de personnage dans les pages de son roman Baol. Espèce de mage (il en a les dons) notre narrateur, Melchiade Zaporog’zie Bedrosian, se voit amené à collaborer avec des opposants au régime en place, régime tyrannique qui contrôle tout, à commencer par la télévision et donc, la pensée des citoyens
Le monde dans lequel il vit « a du bioxyde pour tout le...
Un livre
Vidas
de
Christian Garcin
Les vies minuscules de Christian Garcin
On s’émeut facilement à lire Christian Garcin. Sa plume, au service d’une admiration pour des artistes de tous lieux, de tous temps, esquisse des gestes d’une pureté de cristal auxquels s’accrochent toute une vie. Vidas, ce sont quelques mots sur un écrivain, un peintre, un musicien, (mais aussi sur Néron ou Marie-Madeleine) juste de quoi nous donner des regrets de n’en pas lire plus....
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



