La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
L’ivresse de la fiction
Plus enclin à plaisanter qu’à philosopher sur sa propre œuvre, l’écrivain marseillais esquisse toutefois un art littéraire qui puise dans le plaisir sa raison d’être. Réjouissant.
Ne comptez pas sur Mika Biermann pour entonner la complainte de l’artiste qui tire de ses souffrances l’or d’une œuvre rédemptrice. L’écriture, à l’entendre, est avant tout un plaisir qu’il espère contagieux. Mais on n’est pas obligé non plus de prendre pour argent comptant la désinvolture avec laquelle il parle de son travail. Il suffit de l’orienter vers la peinture pour voir à quel point...
Un auteur
Ecce homo
Dans son nouveau livre, Mika Biermann fait un pas de côté de la ligne qu’il s’était fixée. En s’attachant à dresser un portrait de Paul Cézanne, l’écrivain ancre son roman dans un espace biographique qui détonne par rapport à l’imaginaire débridé qui dirigeait ses livres précédents. Il va même plus loin : il défait l’homme Cézanne de l’icône que l’hagiographie a fini par figer. Le Cézanne de...
Un auteur
Enfant de bohème
Entre l’Allemagne et la Provence, la littérature et la peinture, Mika Biermann s’est taillé un parcours d’une liberté joyeuse. Ses livres en portent l’éclat et la fraîcheur comme une évidence.
Il est des écrivains dont le nom s’échange aux porches des librairies dans une sorte d’enthousiasme fiévreux qui voudrait que l’interlocuteur auquel on offre ce sésame se précipite illico sur les livres du susnommé. D’évidence Mika Biermann en fait partie. Depuis la parution en 2013 de son roman Un blanc qui évoque une tragicomique expédition en Antarctique, les livres du plus marseillais des...
Un auteur
TXT, le retour
Née en 1969, disparue en 1993 et réapparue en 2018 pour ce qui devait être un ultime numéro surprise, la revue TXT a trouvé un trio de poètes bien décidés à poursuivre l’aventure. Par nécessité.
Typhaine Garnier, Bruno Fern et Yoann Thommerel, vous faites partie des jeunes poètes invités par les anciens de TXT à la publication du 32e numéro de la revue. Vous auriez pu décider de créer ensuite votre revue mais vous avez souhaité reprendre le titre TXT. Pourquoi ce choix de vous inscrire dans une histoire commencée en 1969 ?
En fait, nous avons décidé, avec certains « anciens » de...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



