La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
La langue, ça pense dur
Depuis cinquante ans, Christian Prigent bâtit une œuvre dense où la poésie et la pensée s’allient pour creuser dans la langue les voies d’une réappropriation du monde. Monumental.
Il n’est pas fréquent de rencontrer une œuvre qui entremêle dans ses livres successifs autant qu’à l’intérieur même de chaque opus qui la compose la théorie et sa pratique, l’art et sa critique. Rare d’assister au déploiement d’une pensée nourrie à quelques siècles de littérature, à la confrontation avec le politique, aiguisée aux affects du genre humain et aux combats du siècle. On comprend...
Un auteur
En coulisses
On était loin de penser un jour lire le journal (intime ou non) de Christian Prigent. Le genre, qui laisse l’écriture flotter au gré du temps et note les humeurs du moment, ne semblait pas convenir à un auteur qui travaille la langue « au couteau ». Mais Point d’appui est au journal intime ce que Commencement est au roman : un vague air de famille (la chronologie respectée, les textes parfois...
Un auteur
La vocation de langagement
Née sur le terreau d’un humanisme exigeant, l’écriture de Christian Prigent s’est forgée aux grandes œuvres et à une nécessaire résistance politique. Pour inventer des formes neuves.
Ce sont d’abord des chants d’oiseaux qu’on entend, au loin. Puis les cordes graves d’un violon qui étirent l’espace sonore. Quelques secondes plus tard, la voix, reconnaissable entre toutes, récite : « Non de Vénus les ardentes étincelles/ Et moins les traits desquels Cupido tire,/ Mais bien les morts qu’en moi tu renouvelles/ je t’ai voulu en cette œuvre décrire. » C’est Délie le grand œuvre...
Vigneronne dans l’Hérault, ancienne journaliste et écrivaine, Catherine Bernard nous offre ici une rêverie autour de l’expression « la part des anges » et de la réalité qu’elle recouvre. Chaque année, un alcool contenu dans une barrique, un fût, une cuve en bois perd 2 % de son volume. On disait que c’était la part que les anges prélevaient, on sait qu’il s’agit d’un échange gazeux qui...
janvier 2020
Le Matricule des Anges n°209
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


