La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
La chair de nos vies
Cora dans la spirale, plus encore que les deux autres romans de Vincent Message, rend au monde son épaisseur par un réseau de thématiques que l’écriture vient mettre au jour et habiter. Impressionnant de maîtrise et de puissance.
On avait bien l’intention d’évoquer avec lui, chacun des romans ainsi que l’essai que Vincent Message à ce jour affiche dans sa bibliographie. On savait qu’il faudrait alors replonger dans ses livres, équipé d’un bulldozer imaginaire pour tailler dans l’épaisseur des fictions de larges routes à emprunter avec lui. On avait, devant nous, les 450 pages de cette histoire contemporaine que son...
Un auteur
Au cœur de Cora
Dans un roman époustouflant de précision où la langue épouse la complexité du monde, Vincent Message fait l’autopsie de notre temps et démonte les mécanismes du capitalisme moderne. Saisissant de vérité.
Nous voici en plein mythe d’Orphée. Mathias, le narrateur du troisième roman de Vincent Message, a fait des études de journalisme attiré par « ce dialogue de fantômes qui se regardent à travers les années, qui sont plus ou moins pâles, qui aimeraient tous, on imagine, retrouver des couleurs, mais qui en attendant qu’on vienne redessiner leurs formes, faire entendre la voix qu’ils avaient, les...
Un auteur
L’écrivain pluraliste
Touché très tôt par la vocation d’écrire, Vincent Message bâtit une œuvre romanesque, longuement mûrie dans la fréquentation assidue de la littérature mondiale. À laquelle, désormais, elle appartient.
Quand, en 2009, paraît Les Veilleurs, on se dit que ce roman-là a été écrit par un vieux briscard de la littérature qui a gardé assez de fraîcheur dans son sang pour marier ensemble une maîtrise impressionnante de la construction romanesque, un imaginaire débridé et une liberté dans le traitement de l’écriture. Un portrait qui colle assez mal avec la photo du très jeune homme qui accompagne...
Je l’aime, de Loulou Robert
Dans son nouveau roman, la jeune Loulou Robert (26 ans) explore la fragile sensibilité d’une femme sous influence, tout entière vouée à aimer un homme rencontré à la fac où elle vient de s’inscrire. Elle le voit, décide de l’aimer, l’aimera toute sa vie et ce jusqu’au sacrifice, jusqu’à la folie. Voilà pour l’histoire qui en comporte d’autres serties au cœur de ce leitmotiv qu’est devenu le...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



