La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
L’écrivain qui vient de loin
Né en Deux-Sèvres dans une famille modeste, Patrice Robin s’est rêvé chanteur, footballeur puis cinéaste. Avant de découvrir la littérature et qu’écrire donnait de l’épaisseur à la vie.
Il s’appelle Luco, il s’appelle Victor, il s’appelle Moïse ou Matthieu : quel que soit le livre dans lequel il s’exprime, le narrateur des premiers romans de Patrice Robin change de prénom mais reste l’alter ego de l’auteur. Mais Le Voyage à Blue Gap (2011), Patrice Robin a abandonné le masque transparent du narrateur fictionnel. Le « je » est celui de l’auteur lui-même et conduit une langue...
La fureur de vivre
Le roman halluciné de Laird Hunt nous plonge dans la moiteur estivale de l’Indiana en 1930, alors qu’on s’apprête à lyncher trois jeunes Noirs. Un livre monumental et incandescent.
Le 7 août 1930 à Marion dans l’Indiana, trois prisonniers noirs sont sortis de prison par la force, violentés par une foule de Blancs extatique venue les lyncher. Deux seront pendus à un arbre au pied duquel les femmes en robe d’été, les hommes en chemise et cravates vont faire la fête toute la nuit. C’est à partir de cet événement, cette ombre portée à l’histoire des États-Unis, que Laird...
Un auteur
Le livre des questions
Face aux surgissements de la violence, de la bêtise et du racisme, qu’est-ce que la littérature peut dire ? Dans un monde qui nie toujours plus ses valeurs, comment l’écrivain doit-il réagir ? Récits de l’inconfort.
C’est à hauteur d’homme qu’Éric Pessan ici pose les questions auxquelles chacun, probablement, est un jour confronté. Pour peu que ce chacun-là ne vote pas pour le Rassemblement national, ne préconise pas la peine de mort à tout va sauf pour les embryons, n’appelle pas au massacre des homosexuels ou au voile obligatoire pour les filles. Les questions traduisent de l’impuissance (quoi...
Un auteur
Liberté tous azimuts
La littérature chevillée au corps, Éric Pessan s’affranchit en écrivant et libère, par la même occasion, l’écriture de tous ses carcans. Le mélange des genres conduit à un espace où vivre.
Il était chez lui et le lendemain à Lisieux, puis à Paris et le jour d’après à Nantes… La vie d’Éric Pessan se passant beaucoup dans les trains, on était convenu que l’entretien suivrait ses déplacements. Qu’il se déroulerait donc par envois successifs de courriers électroniques auxquels l’écrivain a répondu très vite, comme si l’urgence qu’il avait à publier était aussi une urgence à vivre....
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




