La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Au nom des siens
Le Ghetto intérieur lève un voile sur une des sources de son œuvre : la douleur d’un grand-père qui s’emmure dans le silence pour avoir échappé à la Shoah qui a exterminé les siens.
Vicente Rosenberg aurait tout pour être heureux. Sa boutique de meubles marche bien puisqu’en ce début des années 40, les affaires vont bon train à Buenos Aires. Le pays est florissant. Les élites d’Europe y débarquent d’autant plus nombreuses que l’Allemagne et son führer font entendre aux frontières du Vieux Continent un bruit de bottes persistant. Vicente est arrivé en Argentine...
Un auteur
Les voix du silence
Scénariste, réalisateur et producteur, Santiago H. Amigorena est avant tout un écrivain. Son œuvre, bâtie depuis un exil commencé avant lui, dévoile dans son dernier roman la source sombre d’où elle jaillit. Et où un siècle a sombré.
L’homme parle avec une délicate douceur, comme si son souffle ne devait pas déranger la transparence de l’air. Sous sa chevelure d’éternel adolescent, son regard se porte sur le monde avec la bienveillance de ceux qui sont revenus de tout et reçoivent chaque événement, aussi minuscule soit-il, comme la possibilité d’un émerveillement. Quand on l’a lu, on se dit qu’il y a là peut-être une...
Béances de la mémoire
Tendu par une force d’évocation hors du commun, le nouveau roman d’António Lobo Antunes se place au cœur d’une œuvre magistrale, titanesque.
Il y aurait, pour parler du nouveau roman d’António Lobo Antunes le choix d’une trahison à faire. Raconter l’histoire suppose qu’on adopte un temps narratif : au présent, ce serait évoquer un vieil homme que sa guerre d’Angola obsède et qui attend avec sa femme, que son fils adoptif les rejoigne dans un village du Portugal où est sanctuarisée la tradition familiale. Ce fils-là est noir, a été...
Depuis un train qui part
Avec le récit d’une disparition annoncée, Dominique Fabre déploie à nouveau une approche sensible du temps qui passe et nous éloigne inexorablement de tous les possibles.
Je veux rentrer chez moi, le nouveau livre de Dominique Fabre, semble comme une suite à J’aimerais revoir Callaghan (2010), roman à peine fictionnel, dans lequel l’auteur ressuscitait la figure d’un jeune adolescent magnifique, prince du lycée où le narrateur attendait que la vie sourie enfin. Le roman, déjà, racontait comment l’existence s’acharnait à mettre de la distance entre nos...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




