La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
La Vie secrète des mots et des choses de Alain Roussel
Reprenant quatre textes parus chez divers éditeurs, La Vie secrète des mots et des choses est un voyage savoureux au cœur du lexique, une excursion en territoire pongien, une plongée métaphysique et parfois drôle dans ce qui fait à la fois la langue et la pensée. Virtuose du vocabulaire, Alain Roussel débute par l’exposition d’une collection qu’il s’est bâtie, celle de mots qu’il couche sur...
Viva la Vida !
Dans un récit ironique, enlevé et mordant, Lydie Salvayre mène une réflexion intime sur l’art. Avec au bout, un bras d’honneur fait à la mort.
Invitée par Alina Gurdiel à passer une nuit au musée Picasso dans la compagnie de L’Homme qui marche de Giacometti, pour en écrire un texte, Lydie Salvayre déploie une réflexion virulente sur les musées pour justifier de son refus catégorique. Dès l’exergue qui cite Baudelaire (« Qu’est-ce que l’art ? Prostitution »), elle s’arc-boute sur son rejet d’un art institutionnalisé. Et pour...
Un auteur
Les chemins du monde
La rencontre avec le réalisateur Robert Kramer ressuscite les rêves de l’adolescent Patrice Robin et permet, vingt ans après, leur concrétisation. Comme un héritage.
À la fin de Le Voyage à Blue Gap, Patrice Robin décrit la montre à gousset ayant appartenu à un grand-oncle : « on pouvait lire l’heure sur son cadran à la fois en chiffres romains, discrètement entourés d’un liseré d’or, et en chiffres arabes d’une belle couleur rouge, moderne, preuve, me disais-je, que son propriétaire avait, lui aussi, eu le souci de relier le vieux monde au nouveau ». Ce...
Un auteur
Trouver la justesse
Si la langue de Patrice Robin s’affiche dans sa plus grande simplicité, elle est le fruit d’un travail incessant sur la distance, le détail, la place faite à l’autre. Et c’est dans les liens tissés entre soi et les autres que surgit un monde où se tenir. Libre et droit.
Dans la douceur de l’écriture de Patrice Robin, on entend quelque chose de brûlant : la fragilité des vies qu’on croise, l’incroyable rouleau compresseur que la société utilise parfois pour broyer des vies. La beauté aussi des sentiments que la langue révèle sans jamais les dire. L’inverse de ce qui nous était imposé ces derniers jours par les écrans de télévision, les radios, les journaux...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...




