La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Les fictions magnétiques
Capable de jouer la construction d’un roman sur soixante coups de dé, Jean-Hubert Gailliot fait de l’écriture le lieu de rencontre entre la modernité et le rêve pour asseoir la fiction sur un trône.
C’est une œuvre foisonnante que forment les neuf romans de Jean-Hubert Gailliot. On y croise des personnages hauts en couleur, capables de se métamorphoser, des références multiples à l’Histoire artistique et littéraire du siècle, des intrigues, des scènes oniriques, des architectures complexes, tout un creuset d’inventions et d’énergies vivifiantes. Comme si l’écrivain bâtissait, livre après...
Un auteur
Une société concentrationnaire
Dans L’Ami universel, son neuvième roman, les personnages de Jean-Hubert Gailliot semblent avoir été happés par la société qu’ils fuyaient ou combattaient dans les romans précédents.
L’Ami universel est une structure étrange dont on ne sait pas grand-chose. Menée par un collectif anonyme (jusqu’au « générique » final) mû par le constat que « nos concitoyens ont parfois l’impression de vivre entourés de fous et de perdre eux-mêmes la raison ». Rien de cet incipit ne place le roman dans une uchronie de science-fiction. Il suffit de se brancher un jour durant sur une chaîne...
Un auteur
En dehors des clous
Avant de devenir éditeur et écrivain, Jean-Hubert Gailliot a pris les chemins de traverse pour garder vivaces les promesses de la jeunesse et l’héritage des auteurs admirés. Sans jamais cesser d’écrire.
Le 18 mars 1993, nous recevions les jeunes éditions Tristram dans les locaux parisiens du Matricule des Anges, un appartement que nous avions en colocation. Les lasagnes refroidissaient sur un coin de table au moment même où Antoine Kombouaré inscrivait à la 96e minute le but qui éliminait le grand Real et qualifiait le PSG. Un moment historique comme les aime Jean-Hubert Gailliot, propre à...
Un auteur
Emporté par la langue
Dans tous ses récits, l’écrivain s’engage à saper la représentation de l’Histoire que la domination impose à notre imaginaire. Avec une éthique radicale fondue dans l’écriture.
Au mitan de notre entretien mené par mails successifs, Éric Vuillard nous a envoyé une photo d’une montagne enneigée. Manière peut-être d’attester qu’il nous répond depuis une petite station alpine où il est parti en vacances en famille. Comme dans ses livres, l’iconographie atteste d’une réalité que le texte va creuser, interroger, exhumer.
Votre nouveau livre, Les Orphelins, est...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



