La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
La gloire des laissés-pour-compte
En débarrassant la figure de Billy the Kid de la poussière d’or de sa légende, Éric Vuillard met au jour les fondations corrompues de l’Amérique. Et porte le deuil de l’enfance libre.
Il a 17 ans et il vient de tuer un homme. C’est son premier crime mais pas son premier délit : William Bonney, qui ne sera appelé Billy the Kid que bien plus tard, est encore un gamin quand il vole « quelques livres de beurre. Le beurre, c’est de la nourriture. Cela sent un peu la faim, la nécessité, le dénuement. » Puis ce sont quelques fringues que l’orphelin chaparde dans une blanchisserie...
Un auteur
Quitter les origines, voir le monde
Écrivain discret, le Goncourt 2017 rechigne à se raconter. On retient son désir de fuir la bourgeoisie lyonnaise, un appel du large et des paysages, une passion pour la poésie. Mais surtout son œuvre rigoureuse qui prend la défense des laborieux. Sans faiblir.
En septembre 2016 Le Matricule des Anges consacrait son dossier de rentrée à l’œuvre d’Éric Vuillard qui faisait paraître 14 Juillet (Actes Sud) dans lequel il redonnait à la rue la paternité de la Révolution. Un an plus tard, paraissait L’Ordre du jour, formidable récit sur le soutien apporté à Hitler par les industriels et financiers allemands. Un livre prémonitoire au regard de la...
Un auteur
La mémoire effeuillée
Les dix textes qui composent ce nouveau recueil de Sergi Pàmies s’apparentent souvent plus à des chroniques : des récits courts qui puisent dans la mémoire, le témoignage ou la confession la matière même de leur narration. En les associant à certaines nouvelles des deux, au moins, derniers recueils parus, on pourrait dessiner le portrait de leur auteur. Évoquons d’emblée la plus longue...
Un auteur
Histoires de détails
L’œuvre de Sergi Pàmies, née dans la fantaisie, a doucement glissé vers la chronique autobiographique à l’auto-ironie tendre et joueuse.
Bon nombre de personnages de Sergi Pàmies se disent timides. L’homme qui nous accueille à la table du Velodromo, au centre de Barcelone, fait preuve pourtant de beaucoup de prolixité. Son regard malicieux, derrière le verre rectangulaire de ses lunettes, surligne la jovialité de ceux qui savent se montrer agréables, comme si c’était là le signe d’une politesse distinguée attachée aux arts de...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





