La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Catalunya mon amour
Héritier d’une Histoire marquée par l’exil et la clandestinité, fils d’une femme de lettres catalanes réputée, Sergi Pàmies a trouvé dans l’écriture le moyen d’être librement soi-même. Avec malice et humour.
Sergi Pàmies avait fixé notre rendez-vous au bar-restaurant El Velodromo au centre de Barcelone, rue Ramon Muntaner, à 13 h, ajoutant qu’on ne pouvait pas réserver et qu’il y serait donc un quart d’heure plus tôt. Une précision qui, quand on a lu ses livres, semble des plus naturelles. Il écrit dans une de ses chroniques qu’il préfère toujours être celui qui attend, que celui qui fait...
La vie qu’on n’a pas eue
Roman crépusculaire de l’exil et du renoncement, le nouveau livre de l’Espagnol Antonio Muñoz Molina déploie une langue élégante et sensible, propre à dire l’âme humaine.
Gabriel Aristu est un septuagénaire élégant et strict, madrilène devenu américain et parvenu au terme d’une carrière exemplaire dans la banque, le droit et l’économie à réaliser le rêve de son père : échapper à l’Espagne, réussir dans le monde, offrir à ses enfants et sa femme le confort et la sécurité. Une réussite qui nécessita de renoncer un demi-siècle plus tôt à son grand amour, aux bras...
L’art de l’ellipse
Le premier roman traduit en français du romancier et dramaturge Adam Rapp dresse le portrait d’une Amérique hantée par les démons qu’elle a engendrés. Glaçant et fort.
L’histoire débute le plus banalement possible en 1951 dans un diner d’Elmira dans l’État de New York. Sur sa banquette la jeune Myra Lee, après la messe, dévore loin du regard inquisiteur de sa mère le livre qui fait rêver l’adolescente : L’Attrape-cœurs de J. D. Salinger qui vient de paraître. Péché véniel que cette lecture pour une enfant de croyants très pratiquants. Elle est abordée,...
Transfuge à rebours
En questionnant l’enfant qu’il fut lorsqu’il écrivit son premier livre, Camille de Toledo retrouve une colère à laquelle il ajoute beaucoup de douceur. Pour aiguiser la pensée.
En 2002 paraissait le premier livre signé Camille de Toledo. Archimondain, jolipunk (Calmann-Lévy) était un essai sous-titré « Confessions d’un jeune homme à contretemps ». Près d’un quart de siècle plus tard, l’écrivain revient sur ce qui le conduisit à écrire ce livre. Il lit et annote les textes de ses carnets, s’interroge autant sur l’enfant qu’il fut que sur le siècle sur lequel son...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...





