La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Une éducation sensible
Revenant sur ses années d’apprentissage, sur la découverte progressive d’une histoire familiale désordonnée, Frédéric Valabrègue dresse le portrait d’une femme libre et forte.
Il faut un certain temps au lecteur pour saisir à qui se rapporte le nom qui tient lieu de titre au nouveau roman de Frédéric Valabrègue. Récit autobiographique, Nina Violetti évoque d’abord une éducation religieuse chez les Dominicains auxquels le narrateur et ses frères sont confiés par des parents (la mère et l’oncle plus exactement) athées. Une mise en internat vécue comme une mise à...
Un auteur
Laisses de Meens
Tissée de mille fils, fruit autant de l’écriture que de la fréquentation des livres, l’œuvre de Dominique Meens tient du continent impossible à cartographier. Un monde.
Son œuvre échappe à toute classification. Écrite en prose ou en vers, elle peut mêler dans un même texte le poème et l’équation mathématique, des expressions triviales, posées sur la phrase comme le nez rouge sur la face blanche du clown et des phrases enroulées joliment sur l’architecture classique de la grammaire. Elle peut se nourrir de latin et de grec, d’allemand mais aussi de russe ou...
Un auteur
L’écriture comme un filet
Pêche à pied est un livre de lecteur. Mais d’un lecteur qui fait de tout une lecture : du chant d’un merle la nuit, du bruit du vent, de la laisse de mer que l’océan dépose à chaque marée. Des livres aussi qui accompagnent l’écrivain ou qui l’habitent tant les citations semblent venir d’elles-mêmes. Débarrassé de tout ordre, alphabétique ou thématique, ce livre ouvre mille pistes à explorer,...
Un auteur
L’attirance pour la plume
Fasciné par les oiseaux depuis l’enfance, c’est la rencontre avec quelques humains qui va conduire Dominique Meens sur la voie de l’écriture. Adossé à toute la bibliothèque et le cœur en colère.
En 2018, les éditions P.O.L publiaient L’Île lisible le dernier à ce jour des livres de Dominique Meens que la maison publierait. Le « promeneur » y évoque son nouveau lieu de vie, sur la commune du Château-d’Oléron en ce qui, depuis 1966, n’est plus vraiment une île, puisque reliée au continent par un pont d’un peu plus de 3 km. C’est donc là, à l’entrée de la presqu’île d’Oléron que...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



