La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
L' Âme
de
Christian Prigent
Portrait de l’âme en femme
Soit le monde dans quoi on est jeté à la naissance, qu’on voudrait comprendre, embrasser, prendre, nommer. Dans quoi on voudrait se fondre, finir de commencer à exister, achever d’être.
Soit le corps avec lequel, pense-t-on, on va entrer dans le monde, se fondre et se mêler à lui. Le corps qui sépare soi à l’intérieur du reste à l’extérieur. Le corps sexué mis en scène dans Le Professeur (Al...
Un livre
Pièces détachées, une anthologie de la poésie aujourd’hui
de
Jean-Michel Espitallier
Les coups de foudre de Java
Il faut un certain courage pour éditer une anthologie de la poésie qui s’écrit aujourd’hui. Sans le recul du temps, sous l’influence des modes, l’anthologiste passera peut-être demain pour un misérable lecteur. Pour se préserver du ridicule potentiel plusieurs méthodes s’imposent, qu’utilise Jean-Michel Espitallier. D’abord, introduire dans le choix des poètes quelques grands anciens dont la...
Enfants de la violangue
Pierre Guyotat poursuit avec Progénitures l’une des expériences d’écriture les plus singulières du siècle. Quand la langue se fait corps….
Rarement un livre aura bénéficié d’autant d’attention que Progénitures, nouvel opus que Pierre Guyotat a mis dix ans à écrire. Une attention toute éditoriale pour offrir aux lecteurs démunis quelques-unes des clés de cet univers aussi dense que singulier. Qu’on en juge : au terme des huit cents pages de Progénitures, vous trouverez un glossaire, trop court, que vous consulterez dès la...
Des livres
Le Baron Samedi N°8
Le Baron Samedi N°7
Le Baron Samedi N°6
Le baron Samedi
Amour et poésie pour le sixième numéro de Le Baron Samedi créé par Denis Ferdinande (fils de Guy) qu’a rejoint Clémence Cocquet devenue depuis peu, Clémence Ferdinande (le mariage est évoqué dans l’édito, envoyez des dragées en même temps que vos manuscrits). De petit format et photocopié, Le Baron Samedi se lance dans une nouvelle carrière. Modeste dans sa taille et sa pagination, cette...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


