La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Dernières flammes
C’est un chant en ré mineur, une saudade d’adieu, qu’Al Berto a composés avant de s’éteindre en 1997. Derniers vers portugais, d’un cosmopolite.
Le 20 novembre 1996, Al Berto lit au Colisée de Lisbonne La Mort de Rimbaud, un de ces derniers poèmes : « j’espère que le vent passera… sombre, lent puis j’y entrerai, scintillant, léger… et je disparaîtrai. » C’est à voix haute qu’il annonce sa mort prochaine. Al Berto succombe à sa maladie quelques mois plus tard. Dans l’entretien d’avril 1997 qui ouvre Jardin d’incendie il déclare : « Dès...
Un livre
Abattoirs 26
de
Raymond Bozier
Abattoirs
Écrit à l’ombre d’Hiroshima et des fours crématoires Abattoirs 26 développe un abécédaire barbare et saccagé de la guerre, de la mort, des tortures et de l’horreur. Poésie malade, prose équarrie, staccato hargneux qui crache l’injure, dérape et bégaie son cri ; la langue de Raymond Bozier s’essaie bien parfois à décocher un rire lugubre, mais c’est alors un hoquet, comme un haut-le-cœur qui...
Un livre
Valleuse
Illustration(s) de François Ravanel
de
Jacques Moulin
Valleuse
Horizontaux ou verticaux, les poèmes de Jacques Moulin trouvent leur rime dans les gravures minérales de François Ravanel (qui évoquent des champs vus du ciel), et dans la composition du texte, en blocs rectangulaires. Verticaux lorsqu’ils évoquent la falaise, lieu de l’enfance et de séjours réguliers probablement. Horizontaux, lorsqu’il s’agit des prés et du jardin. Verticaux comme le père...
Un livre
Dans l’espace étroit du monde
de
Jean-Christophe Belleveaux
Dans l’espace étroit du monde
Il existe une alternative au tourisme effréné qui nous voit courir les musées, les choses-à-voir, consommer sans compter l’exotisme des vacances. On peut rester immobile à Tanger « dans l’instant du café pris en terrasse sur l’avenue » où « la vie est chaude dans le verre ». Jean-Christophe Belleveaux semble de ces voyageurs-là qui, où qu’ils aillent, semblent rester dans une salle d’attente,...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


