La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un auteur
Noir plaisir
Le Professeur se présente comme un alphabet de 28 scènes pornographiques, respectueuses de la chronologie d’une relation amoureuse, que ponctue un dernier texte intitulé Fin. Vingt-neuf chapitres constitués, chacun, d’une seule phrase, où la répétition lancinante des sujets (« le professeur », « la jeune élève ») et de certains mots (« l’âme », « bander ») lie l’abstraction de la parole au...
Un auteur
Le carnaval des langues
La pratique carnavalesque de la langue héritée de Rabelais et Jarry et théorisée par Bakhtine reste un des traits fondamentaux de l’écriture de Christian Prigent. Il s’agit de piéger la langue par une vitesse riche en dérapages sémantiques, de provoquer des accidents pour qu’affleure un sens plus enfoui et de désamorcer le pathos qui donne prise à l’angoisse chronique. « Il s’agit en somme...
Des livres
Le Professeur
de
Christian Prigent
Berlin deux temps trois mouvements
de
Christian Prigent
Un dossier
Christian Prigent

La forme est une pudeur
Si le travail sur la langue cherche à faire apparaître (à défaut de le nommer) le mal, il est aussi chez Christian Prigent le moyen de rendre possible le récit de l’expérience.
Il n’est pas si fréquent qu’un écrivain puisse, alors même qu’il s’invente un chemin, théoriser à partir du trajet déjà parcouru et de l’histoire littéraire. Christian Prigent a la délicatesse de donner aux questions qu’on lui pose bon nombre de réponses déjà écrites dans Ceux qui merdRent, La Langue et ses monstres, Un erreur de la nature ou À quoi bon encore des poètes. Mais, au final,...
Un auteur
On a beau vouloir faire doux...
On a beau vouloir faire doux, l’écriture ça crispe le mou". La voix est aiguisée, morceau sonore sorti du ventre, tendue dans l’espace, entre rétention au niveau des amygdales et violence jetée à la face des auditeurs. Ça va vite parfois dans les glissements sémantiques, les allitérations osées, mais ça passe impec sans accroc. Christian Prigent travaille depuis près de vingt ans...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...


