La rédaction Thierry Guichard
Articles
Éros, Thanatos, harengs
Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance.
Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins.
Nous sommes en 1906, le village est composé d’une église autour de laquelle peu de maisons de bois (les lambris signent ici l’aisance) et un peu plus d’habitations en tourbe (comme celle où vit Gestur)...
Un livre
Descente
de
Charles Pépin
Eau plate au pays du vin
Un étudiant de bonne famille, homonyme de l’auteur, vient se réfugier (avec son chien) dans une vaste maison secondaire de Bourgogne. Dans le village, il rencontre une jeune fille de bonne famille. Il roule en Golf, écoute de la house ou Portishead boit du vin et de la vodka. Elle s’habille de jeans et tee-shirt, a de petits seins et préfère Bob Dylan. Inutile, sans saveur et passablement...
La Première Vie
Né en 1949 en banlieue parisienne, Bernard Ruhaud dans ce premier récit raconte Nanterre, son père et le Parti communiste et termine cette courte évocation par la mort de sa mère. C’est comme un album photo dont les pages se tournent sous un commentaire sobre, sans aucun effet littéraire, par phrases courtes. La banlieue rouge dans les années 50, ce sont des ouvriers, des Algériens, des...
En attendant l’avenir
Économie de moyens, sensibilité : Hubert Mingarelli plonge au cœur d’une enfance silencieuse et émouvante et fait entendre une voix juste.
C’est vraiment pas grand-chose. À peine un murmure sur le quotidien d’un gamin qui vit seul avec son père. Des phrases courtes cernées par le silence. Une voix fragile et ténue. Le premier roman de cet auteur pour la jeunesse semble comme un château de cartes dressé avec seulement le deux et le trois de trèfle. Un château minuscule, posé en bord de table et que menace le moindre souffle. Ce...
Qu’est-ce qu’elle lit, Zazie ! (web)
On ne donnera pas l’âge de zazie sur le web. Avec quelques années d’expériences elle y fait déjà figure de doyenne. On parierait en revanche volontiers sur la jeunesse de sa fondatrice, Isabelle Aveline : sinon où trouve-t-elle cette énergie ?
On peut en effet facilement jouer à se perdre sur ce site qui « se situe aux frontières de l’écrit et de l’édition électronique ». Zazieweb se fait la...
Médiatocs – chronique
Pare-chocs du moi
Écrite précipitamment dans l’absence de style, l’autobiographie de l’ancienne directrice du Monde des livres atteint à des abysses de pensée. Du moment que ça la soulage….
Elle était la directrice du Monde des livres jusqu’au jour (« un matin de janvier 2005 ») où on lui annonce qu’elle est démise de cette fonction pour redevenir une simple journaliste. Josyane Savigneau vit d’autant plus mal sa mise au placard (qui la vivrait bien ?) que celle-ci la renvoie à un complexe d’imposture qui l’habite depuis toujours et qu’elle va tenter de résoudre en écrivant ce Point de côté. On espérait une réflexion sur le métier de journaliste, une description des rouages de la critique parisienne ou au moins une véritable plongée dans les mécanismes intimes, inconscients...
Un âne, des mots
Claire Castillon a probablement un vrai talent d’écrivain. Mais ses lecteurs ont assurément beaucoup de patience. Son nouvel opus, indigeste en diable, impose une lecture éprouvante.
Cette rubrique, consacrée aux très médiatiques romanciers allait tranquillement vers la proclamation d’un axiome incontestable. Quelque chose comme : un best-seller se fabrique. Dès sa conception jusqu’à son écriture, un best-seller imite plutôt la pente douce (qu’on dévale sans y prendre garde) que la montée abrupte qui nécessite effort et courage. Les ingrédients du best-seller se trouvent...
“ Les mecs, on la perd ! “
Quels ingrédients faut-il pour faire un best-seller ? Une louche de clichés alignés par un style de collégien attardé et assez de cynisme pour prendre ses lecteurs pour des gogos.
Prenez une pincée de Paulo Coelho, le romancier philosophe pour ménopausés du cerveau, dont vous extrairez des préceptes profonds du genre : « accepte le destin qui est le tien et donne aux autres le meilleur de ton temps ». Cette morale à deux sous qu’adorent tous les apôtres de la domination (que les miséreux acceptent leur misère et ne viennent pas nous emmerder) nous est assénée par...
Courrier du lecteur – chronique
La preuve par huit
Publié il y a treize ans aux États-Unis, « Surfiction » est un essai réjouissant. Clair et incitatif, il donne les bases d’une réflexion en mouvement.
Constitué de huit textes vifs, Surfiction traverse une bonne partie de la littérature de création (« le roman expérimental ») des années 60 à aujourd’hui plus particulièrement aux U.S.A. Raymond Federman sait de quoi il parle, puisqu’il fut un des premiers de sa génération avec Quitte ou double (1971) à révolutionner le roman (dans la lignée de Cervantès, Sterne ou Joyce). Le bonhomme n’hésite d’ailleurs pas à se citer lui-même…
Le texte inaugural est un « manifeste postmoderne » : écrit en 1973, ce texte programmatique n’a pas pris une ride, si ce n’est, peut-être, dans l’utopique part...



