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Entretiens Catherine Anne : un instinct farouche

décembre 1994 | Le Matricule des Anges n°6 | par Thierry Guichard , Laurence Cazaux

Elle écrit ses pièces, elle les met en scène, elle se retrouve parfois sur les planches, Catherine Anne vient de publier Agnès, récit d’un inceste. Sortie de scène.

Agnès, (suivi de) Ah ! Anabelle

Le Temps turbulent

Dernière pièce écrite et mise en scène de Catherine Anne, Agnès est un récit très fort qui raconte l’ inceste entre une petite fille de 12 ans et son père. Catherine Anne commence à se faire connaître en 1987 avec la mise en scène d’Une Année sans été. Etiquetée « espoir du théâtre français » par la critique, elle alterne ses expériences de metteur en scène-écrivain (Combien de nuits faudra-t-il marcher dans la ville, Eclats, Tita-Lou, Le Temps turbulent) et d’actrice (La Maman et la putain). Nous la retrouvons après le spectacle, au bar du théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis. Visiblement, la jeune femme n’aime pas trop parler d’elle. Son regard fuit de tous côtés, elle cherche, dans ses réponses un moyen de retourner la question à ses interlocuteurs. Soudain, au détour de la conversation, elle se pose, rentre en elle-même et se livre… un peu. Mais l’inquiétude reprend vite le dessus. Elle esquive la question suivante… Une rencontre farouche.
Qu’est ce qui vous a amené au théâtre ?
Je n’ai pas eu une enfance baignant dans le théâtre. Mais à 12-13 ans, j’ai fait des spectacles, avant même d’en voir. Et très vite je me suis intéressée à la mise en scène et à l’écriture. A 15-16 ans, j’ai décidé de venir à Paris, pour faire l’école de la rue Blanche puis le Conservatoire national d’Art Dramatique. C’était une façon pour moi de comprendre ce qui se passait sur un plateau, pour pouvoir mieux diriger les acteurs. Je ne suis pas une comédienne venue ensuite à la mise en scène, c’est l’inverse…
C’est le théâtre qui vous a poussé à écrire ?
Je ne crois pas. J’écris depuis très longtemps. Mais le terrain qui m’amuse le plus, c’est le théâtre, c’est là, peut-être, que j’ai trouvé la forme la plus adaptée à ce que j’avais envie d’exprimer. Ce que j’aime passionnément, c’est la mise au bord du vide des mots. C’est un travail qui demande une grande exigence littéraire et une grande modestie. Les mots doivent être écrits en laissant des trous, des abîmes pour que les corps puissent en prendre possession. Les mots sont orphelins, comme le sont les acteurs. La rencontre entre les mots et les acteurs est magnifique.
Vous écrivez en fonction d’une future mise en scène ?
Non. En écrivant je ne pense pas à la représentation théâtrale, seulement à des choses de la vie. Mais quinze jours, trois semaines avant le début des répétitions, je fais une lecture avec les comédiens. Ça me confirme les passages à réécrire.
Comment est née Agnès ?
En plusieurs temps. J’ai d’abord lu un témoignage d’une jeune femme victime d’un inceste. J’étais en train d’écrire Le Temps turbulent et de me poser des questions de forme sur comment faire du théâtre autrement que dans la linéarité. J’étais en panne. Ce reportage m’a beaucoup touchée. J’ai refermé le livre, mais le sujet est remonté et ça a commencé à vouloir travailler là-dessus.
Ça ?
Oui, ça s’est fait malgré mes défenses. Ce sujet a provoqué beaucoup de...

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