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Domaine étranger Le faucon et le mouton

décembre 1994 | Le Matricule des Anges n°6 | par Philippe Savary

Un moine au coeur pur accusé d’hérésie, une Europe terrifiante. Chet Raymo continue de traquer la solitude et l’exaltation de la beauté.

Dans les Serres du faucon

Précision utile : ceux qui ont salué avec jubilation la sortie l’an dernier du Nain astronome, troublant roman d’amour sur fond de ciel étoilé conté par un avorton d’à peine 120 centimètres, trouveront sûrement dans cette deuxième livraison de Chet Raymo (en fait son premier texte, publié aux Etats-Unis en 1990) la même gourmandise de lecture. Nourries de références identiques (topologiques : l’Irlande ; contemplatives : l’astronomie, la quête du beau) ses obsessions n’ont pas varié d’un pouce. Chez Raymo, les héros n’ont pas mauvais fond. Leur cœur brille de mille feux mais cette lumière ne trouve en réaction qu’un reflet de ténèbres et de rejet. Dans Le Nain astronome, la différence était une difformité physique. Avec ce roman, Dans les Serres du faucon, c’est l’âme, perdue dans ses contradictions qui suscite le trouble, puis l’exclusion. Il suffit d’un gène aléatoire pour faire de la vie un cauchemar. Dans les deux cas, le personnage central est un enfant illégitime. Dans les deux cas, le personnage central choisira l’écriture comme un pieux exutoire, après avoir goûté au purgatoire.
« On raconte que je suis né près d’une tourbière et que je dois la couleur de ma peau au jus sombre du marécage. » Ainsi commencent les mémoires d’Aileran, le banni, moine de 57 ans, reclus sur l’île de Skelling, pauvre rocher situé au sud-ouest de l’Irlande. L’action se situe en 998. Les sectateurs millénaristes font souffler sur la chrétienté un vent de panique. Rome calme le jeu et entame la chasse aux sorcières. De cet environnement où plane la confusion, Aileran raconte sa vie. Il est accusé d’hérésie et doit prochainement comparaître au Saint-Siège devant les tribunaux ecclésiastiques. Sa première correspondance est destinée au pape, Sylvestre II, son accusateur, mais aussi son ami de jeunesse, son guide spirituel, qui l’a initié, pendant son noviciat, aux grâces de la foi et aux délices des bordels en Espagne. « Je suis seul. Mes moines m’ont abandonné. Je me retrouve sur cette île, avec pour toute société, celle d’une chèvre ; et, pour congrégation, mouettes et cormorans. C’est au vent que je prêche. »
Que lui reproche-t-on au juste ? De nier l’origine divine des éléments naturels, de rejeter les superstitions et de se soumettre au seul jugement de la raison. Plus tard, la rumeur enflant, de célébrer l’eucharistie avec des hosties mélées de sperme, d’être habité par Satan. Chet Raymo prend plaisir, sur fond historique, à tourner le kaléidoscope des sentiments, arrachant les masques et les cœurs de ses illusions. La liberté de conscience est à ce prix.
Pris dans les serres des inquisiteurs, Aileran reprend le fil de son existence, de ses méditations, à travers le chemin des monastères, mêlée de carnages et de douces exaltations, sonde sa foi, aiguise ses convictions nées de ses propres contradictions traque les trahisons, au rythme des chefs d’accusations, de ses déceptions amoureuses et des tendres souvenirs de son tuteur. Aileran est-il coupable ? Oui, de sa candeur ; oui, d’avoir cru à un idéal (les vœux) bâti sur le terreau de la sensibilité, « déchiré entre le Ciel et la Terre« . »Je sus alors, dès mes premiers instants de moine, que je ne pourrais vivre la Règle dans sa plénitude : lors même, le renard courait déjà dans les vignes ». Face à ses pulsions contraires, il mesure l’interdit : « La mémoire serait-elle le cadeau de Satan aux hommes ? ».
Avec Dans les Serres du faucon Chet Raymo perpétue la tradition du roman total, féerique où la richesse des images, la beauté des sentiments côtoient une quête effrénée de l’Inaccessible.

Dans les Serres du faucon
Chet Raymo

traduit de l’américain
par Hugues Leroy
Belfond
243 pages, 130 FF

Le faucon et le mouton Par Philippe Savary
Le Matricule des Anges n°6 , décembre 1994.