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Histoire littéraire Le biographe obstiné

septembre 1998 | Le Matricule des Anges n°24 | par Éric Dussert

Dans le sillage de Pascal Pia, Jean-Jacques Lefrère maintient la tradition des érudits amateurs. Il propose deux sommes consacrées l’une à un authentique oublié, l’autre à un mythe persistant. Deux gros pavés….

Les Saisons littéraires

Un an après la publication du Journal inédit de l’extraordinaire Louis Pilate de Brinn’Gaubast (cf. MdA 22), Jean-Jacques Lefrère expose le fruit de ses recherches dans deux biographies monumentales. La première est consacrée à Rodolphe Darzens (1865-1938), auteur des Nuits à Paris (V. Hamy, 1994) qui eut l’inspiration d’éditer des inédits de Rimbaud (Le Reliquaire, 1891). La seconde dissèque les innombrables mystères d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont. Son biographe, collaborateur des Cahiers Lautréamont, explique comment une courte existence peut générer six cent pages d’informations.

Quand avez-vous décidé de vous attaquer au mythe Lautréamont ?
A la suite de quelques francs-tireurs qui ont refusé d’obéir à la consigne surréaliste qui prônait l’avortement de toute étude maldororienne, qui clamait que l’auteur des Chants de Maldoror ne pouvait et ne devait pas avoir de biographie. Pascal Pia, Maurice Saillet, François Caradec et, dans une moindre mesure, les deux frères Guillot-Muñoz auront été les premiers à dire que derrière le mythe, il y avait un personnage né en 1846 à Montevideo et mort vingt-quatre ans plus tard à Paris. Déjà Ducasse perçait sous Maldoror.

Comment avez-vous procédé ?
Je suis parti des faits tangibles, documents et témoignages validés tels que François Caradec les avait réunis dans sa biographie de Ducasse en 1970. Les travaux des chercheurs de l’AAPPFID (Association des amis passés, présents et futurs d’I. Ducasse) comme Jean-Pierre Lassalle, Michel Pierssens, Jean-Louis Debauve, Sylvain-Christian David ou Pierre Gibert ont également été déterminants. J’ai saupoudré l’ensemble de quelques trouvailles personnelles, mais je considère que cette biographie est avant tout le fruit d’un travail d’équipe. Elle n’est au demeurant qu’un jalon, une tentative de synthèse.

Quelles sont les nouvelles connaissances en la matière ?
Depuis quinze ans, ce groupe de chercheurs a utilisé l’essai de Caradec comme un livre d’heures. Une de leurs actions les plus significatives a été de vivre quelques jours à Montevideo où Ducasse avait passé son enfance. François Caradec nous l’avait dit, et il avait raison : on peut lire Les Chants de Maldoror sans savoir que leur auteur était natif d’Uruguay, mais si l’on veut connaître sa vie, il est essentiel de voir le pays où il a passé la moitié de son existence. Une autre découverte de la ducassologie a été d’admettre que Maldoror était l’œuvre d’un écrivain bilingue truffée de nombreux hispanismes. Ces derniers ne gênent pas la lecture des Chants, au contraire ils leur donnent parfois une tonalité pleine d’étrangeté.

Vous ouvrez une piste inattendue. Qui est Latréaumont ?
C’était un hobereau normand qui vivait sous Louis XIV et fomenta un complot qui échoua. Il fut tué lors de son arrestation. En 1838, Eugène Sue a utilisé l’histoire pour son roman Latréaumont qui est loin d’être son meilleur livre. S’il est évident que le pseudonyme de l’auteur des Chants de Maldoror, Lautréamont, est une déformation anagrammatique du nom de ce personnage, on ignore les raisons qui ont poussé Ducasse à choisir ce nom de plume.

On vous a fait le reproche de vous attarder aux marges du sujet. Selon vous, qu’est-ce qui est de l’ordre du détail dans une biographie ?
Tant que l’on n’aura pas déterminé la couleur de ses chaussettes et retrouvé ses notes de blanchisseuse, je considère que rien n’a été mis à jour sur le sieur Isidore. Mes méthodes ne procèdent d’aucun système, sauf celui de ne laisser inexplorée aucune piste. Si l’on m’apprend que Ducasse a gravé ses initiales sur un monument de Louxor, comme un quelconque Rimbaud, et bien j’irais voir en Egypte, en dépit du danger de recevoir du plomb. Si vous me signalez que le président de la République a dans le troisième tiroir de son bureau un document inconnu sur Ducasse, je tacherais de m’introduire à l’Elysée. Une attitude que l’on peut recommander aux chercheurs est de considérer que personne n’a travaillé avant eux sur le sujet. Il m’est arrivé plusieurs fois de trouver un document inconnu dans un dossier que tel chercheur disait avoir étudié en totalité. Ne croire en rien : c’est un précepte applicable dans la vie comme dans la recherche littéraire.

L’autre essai que vous publiez est consacré au « mauvais poète symboliste et grand aventurier » Rodolphe Darzens. Son statut de découvreur de Rimbaud prime-t-il sur celui de raté ?
Bien sûr ! Il ne suffit pas d’avoir produit une œuvre littéraire médiocre pour être digne du qualificatif de « raté ». Darzens a été un des inventeurs de l’œuvre de Rimbaud. Il en serait sans doute aujourd’hui très fier, mais cela le prive du statut de raté qu’il n’est pas donné à tout le monde de mériter.

Vous exercez un métier scientifique, comment êtes vous venu à l’histoire littéraire ?
Par l’attrait des notes en pas de pages que je trouvais souvent infiniment plus intéressantes que le texte du « grand auteur » et par la lecture de quelques biographies d’écrivains qui m’ont fait comprendre que l’histoire littéraire pouvait être autre chose que l’accumulation de détails insignifiants sur des personnages disparus dont environ 99,99% de mes contemporains se foutaient totalement.

On annonce la réédition prochaine des articles de Pascal Pia, quel a été son rôle dans votre parcours ?
Un rôle de premier plan, bien sûr, et je me rends compte chaque année davantage que cela fut le cas pour un grand nombre de chercheurs, qu’ils aient connu Pia lui-même ou seulement ses écrits. Quand on lira ses chroniques de Carrefour, on comprendra pourquoi tous les amateurs d’histoire littéraire reviennent constamment à lui. J’ajoute que c’était une personnalité d’un métal rare. Camus a dit un jour qu’il n’avait connu personne qui lui en ait imposé autant, et je comprends ce qu’il a voulu dire. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’avoir connu Pia était un privilège. Le simple amateur d’histoire littéraire que je suis aurait pu tomber plus mal.

Jean-Jacques Lefrère
Isidore Ducasse et Les Saisons littéraires de Rodolphe Darzens
Fayard
689 et 787 pages, 198 et 250 FF

Le biographe obstiné Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°24 , septembre 1998.
LMDA PDF n°24
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