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Poésie Parler pour ne rien dire

mars 2000 | Le Matricule des Anges n°30 | par Xavier Person

Livre d’introspection radicale, Dedans fait dans la langue un vertige où se perdre et se retrouver. Une profération captivante.

Peut-on écrire dedans, dans l’intérieur de soi ? Dans l’opacité de ce qui n’a pas clair visage. Dans les dédales d’une intériorité sans contours et sans formes, dans ce qu’on ne sait pas de soi-même, qui toujours se dérobe, matière première, brute, malléable. Matière plastique. Écrivant, Charles Pennequin trace à l’intérieur de lui-même un chemin spiralé, vacillant.
Livre hybride, constitué comme une sorte de morphing de soi saisi au quotidien d’une rêverie légèrement hallucinée, Dedans évoque plus le monologue de théâtre que le texte de poésie, mais un monologue disjoncté, haletant, suffoquant. Amalgamées les unes aux autres selon un principe qui tient de la concaténation (marabout-bout-de-ficelle-de…), de courtes phrases y sont prises dans un mouvement rotatif, phrases familières, simples, qui appartiennent à tous, qu’on peut tous dire,tous les jours, mais qui de se voir ainsi disposées, dans un tel vertige entraînées, répétées, déformées, creusent en lieu et place de nos certitudes un anéantissement de toute figure.
« Ça suffit pour aujourd’hui. Faut qu’on arrête. On en a assez vu. Faut qu’on arrête de penser ». D’emblée, confiance est faite au mouvement dans lequel on lance ses phrases. Lâcher prise. Plonger. La lecture de Charles Pennequin commande un abandon. Cela tourne. Quelque chose tourne : « Que quelque chose nous vienne. Avant que tout s’en aille ».
Dans le malaxage de nos lieux communs quelque chose advient, presque rien, rien qu’une chose, quelque chose qui aurait à voir avec soi-même, quelque chose de vaguement familier, d’organique, d’indéfini : « Dans mon dedans de l’être. Cherchant cette foutue boule et ne trouvant qu’un en-dedans de l’être sans dehors ».
Dans une arborescence affolée, des formes instables se posent en même temps qu’elles nous échappent : matière aveugle, aveuglante, en quoi s’agglutine un peu de ce que l’on est, de ce que l’on vit, mais qu’on ne saurait pas se représenter à soi-même. Qu’on ne saurait pas dire. Car Dedans fait confiance à la parole débridée, à la langue, pour sortir des ornières où l’usage la bride : « Ils m’énervent avec leurs histoires. Je préfère parler à un mur ».
L’écrivain jette les phrases, rageusement. Il est seul et il tourne avec ses phrases, dans ses phrases, dans l’intérieur de ses phrases qu’il retourne sur elles-mêmes. Il ne veut pas dire son dernier mot. Il veut tout dire de ce qu’il sait, de ce qu’il pressent, de ce qui vient et qu’il ne sait pas encore. Il se jette avec ses phrases contre le mur de ce qui retient en lui le flux de ce qu’il y aurait à dire. Il se jette pour dire. Il parle pour ne rien dire. Il dit contre le rien. De ce qu’il dit, on ne saura rien dire.
L’écriture part d’une insatisfaction face aux discours des autres. Elle parle comme on pourrait se taire. Elle préfère s’enfermer à l’intérieur d’elle-même. Plutôt que de se laisser prendre dans la communication à l’aliénation des autres, elle se tourne vers le silence du mur et son néant : « Car je n’ai jamais été aussi nul de ma vie. Je n’ai jamais été vivant autant que dans mon nul. Mon nul de vie ».
C’est sans doute là toute la paradoxale douleur qui fonde l’écriture de Charles Pennequin, érigeant la jubilation de sa parole à partir d’une certaine incommunicabilité, pour mieux se libérer s’enfermant, dans une torsion à l’intérieur de lui-même trouvant l’énergie désespérée de se sentir vivant. Et son bonheur radical d’écrire.

Dedans
Charles Pennequin

Éditions Al Dante
85 pages, 80 FF

Parler pour ne rien dire Par Xavier Person
Le Matricule des Anges n°30 , mars 2000.
LMDA PDF n°30
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