La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Égarés, oubliés Faut-il oublier Maurice dekobra ?

septembre 2000 | Le Matricule des Anges n°32 | par Alfred Eibel

Surnommé le "Paul Morand des midinettes", il a été à l’entre guerres le spécialiste du roman cosmopolite. Retour sur un best-seller oublié.

Pseudonyme de Maurice Tessier, Maurice Dekobra (1885-1973) a été le plus anglo-saxon des écrivains populaires français, auteur de romans propices aux aventures singulières. Tiré à quatre épingles, parfaitement bilingue, il fréquente la bonne société européenne au Caire, en Chine et aux Indes. Des sociétés fermées qui passent leur temps à jouer au bridge et au poker. Il est l’invité d’honneur de cette gentry, où on dissèque le dernier film de Clara Bow ou de Dolorès del Rio. Dekobra songe au couple mythique, celui de l’amour fou, invente cette Française amoureuse d’un Chinois dans Madame Joli-Supplice (1934) ou cette belle et mystérieuse Lady Diana Wynham, figure emblématique de La Madone des sleepings (1925). Femme libre, aristocrate errant de palace en palace et dont l’influence légendaire s’étend jusqu’aux geôles de la Tchéka.
L’immense succès de ses livres traduits en vingt-six langues, vingt-quatre millions d’exemplaires vendus, tient en partie à ses portraits de femmes hors du commun, audacieuses, femmes de caractère prêtes à risquer leur vie pour ce qu’elles ont de plus cher. Parlant de l’une de ses héroïnes, Dekobra décrit la volonté qui émane d’elle comme des « ondes d’un poste de T.S.F. », comparaison qui fait sourire mais devait épater les lectrices à l’époque. Les éditions de la Baudinière ont publié un grand nombre de romans de Dekobra dans les années 1920 assorti de ce genre de publicité : « Vous avez aimé Madame, le nouveau roman de Maurice Dekobra, savez-vous qu’il a été vendu, à travers le monde, plus de 1.500.000 exemplaires de ses ouvrages précédents ? » Pour la Baudinière, Dekobra était l’écrivain à la mode et devait le rester. Plus tard, les fameuses éditions du Scorpion présentaient le « grand reporter international » comme un homme capable d’observer « le monde entier par les deux bouts de la lorgnette ».
Soutenu par Pierre Mac Orlan qui voyait en Dekobra un écrivain de talent qui n’avait pas son pareil pour créer une atmosphère, l’écrivain « globe-trotter » n’était pas dupe de ses personnages. Son ironie, sa manière impassible de parler de ces hommes infatués, qui s’imaginent qu’ils peuvent conquérir les plus belles femmes du monde en leur offrant des bijoux, le prouve. Dekobra souligne le ridicule, le comique de ces « importants » qui ont l’art de se fourrer dans des situations impossibles. Pas dupe non plus de Venise chère aux jeunes mariés. Rendant un vibrant hommage aux Voyages du Condottiere d’André Suarès dans La Gondole aux chimères (1926) où l’on retrouve la Madone des sleepings, il évoque la Cité des Doges en ces termes : « le charme de Venise, darling ? C’est la cheminée d’usine de Santa Elena, c’est la digue du chemin de fer qui relie la ville à la civilisation, c’est l’araignée du télégraphe qui tisse sa toile sur la lagune ; c’est le gondolier en waterproof kaki armé de son tarif syndical ». Il dénonce les trafiquants d’armes dans Macao, enfer du jeu (1934), ironise en associant « Amour et Stock Exchange », faisant dire à l’un de ses personnages : « Vous parlez de la fluidité du sang qui circule dans nos artères… Ce n’est rien auprès de l’argent qui circule parmi les civilisés », ou parlant de « ce produit du XXe siècle pour qui la spéculation est un sacerdoce et qui ne rêve que de coups de dés heureux ». Il se moque de la psychanalyse en créant le personnage du Dr. Hugo Schomberg aux « mains de nécromant ressuscité » sorti tout vivant de la Kabbale, Dracula assoiffé de pouvoir pour qui l’amour est l’école de la dissimulation et qui réfugié dans son château de Bohème travaille en marge des normes admises. Un personnage auquel l’écrivain tient particulièrement puisqu’il apparaît dans plusieurs de ses livres.
On a dit de Dekobra qu’il est un maître du dépaysement, le révélateur des pays mystérieux. Cela va des Balkans à l’Italie, de la Turquie à l’Egypte et jusqu’aux Indes où se bousculent rentiers, financiers retors, comtesses en butte à de multiples tracasseries, millionnaires récemment débarqués du légendaire paquebot de luxe André-Lebon des Messageries Maritimes. Pour avoir vécu deux ans à Shangaï, Maurice Dekobra a favorisé la Chine dans son œuvre romanesque et lui a consacré un livre de voyage Confucius en pull-over (1922) qui ne manque pas d’intérêt. Mis à part Macao, enfer du jeu, Madame Joli-Supplice et La Madone des boeings, c’est Lune de miel à Shangaï (1944) situé dans la Concession française de Shangaï qui reste son meilleur livre sur la Chine. Les troubles de l’époque sont bien rendus, les rivalités des clans mis en évidence, sans parler de la présence de ceux que Dekobra nomme les « professionnels de la séduction ». On lui a reproché d’utiliser des ressorts psychologiques élémentaires, de créer des coups de théâtre qui n’ont rien à envier à ceux de Victorien Sardou, d’abuser des quiproquos, déguisements, fausses identités. Il n’empêche, son souci d’exactitude historique n’est pas à mettre en cause. Dans Fusillé à l’aube (1951), un roman qui n’a pas vieilli, la veuve d’un officier autrichien devient une espionne à la solde de la France parce qu’elle croit que son mari a été fusillé pour haute trahison alors que ce n’était qu’un simulacre. Suspense garanti.
Attiré par les Indes comme Paul Morand et tant d’autres écrivains, Dekobra va rapporter de son séjour au pays des Maharadjahs un livre qui n’a rien perdu de son actualité. On y découvre une foule d’informations, notamment sur l’Afghanistan où l’on se disputait le trône de Kaboul à coups de fusil. Décontenancé, en Européen prudent, Dekobra estime dans Les Tigres parfumés (1931) qu’il est difficile de juger les mœurs d’un pays aussi composite que les Indes. Attentif à ce qu’il voit, à ce qu’on lui dit, il sait à l’occasion se moquer de ses hôtes : « La cuisine anglaise préparée par des maîtres-queux hindous devient une véritable tentative d’assassinat. » Il donne ce conseil aux futurs voyageurs : « Il faut toujours assister aux séances parlementaires des pays que l’on visite. » Maurice Dekobra avait cette qualité, faire rêver son lecteur, le sortir de sa routine quotidienne. Il aurait été le grand artificier des pays lointains.

Faut-il oublier Maurice dekobra ? Par Alfred Eibel
Le Matricule des Anges n°32 , septembre 2000.
LMDA PDF n°32
4,00 €