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Domaine français Ultime possession

janvier 2003 | Le Matricule des Anges n°42 | par Emmanuel Favre

L’hédoniste Marcel Moreau signe avec Corpus scripti un livre vertigineux qui chante l’amour des femmes et nous raconte la rencontre d’un corps inculte avec les mots.

Corpus scripti

Il aura fallu une quarantaine d’années et autant de livres (43 exactement) pour que « l’apache » Marcel Moreau se voit attribuer un prix littéraire. Le prix Wepler vient de couronner Corpus scripti, qui dit le rare et troublant désir de « tressaillir pour une autre vie ». À travers ce livre, c’est l’œuvre d’un homme qui vit l’écriture jusqu’à l’essoufflement, sans lésiner ni sur les doses, ni sur les fréquences, qui est récompensée. Une œuvre majeure, incandescente, restée hélas trop confidentielle.
Corpus scripti dresse le bilan d’une vie pleine de démesure. Dès les premières phrases, le ton est donné : « Tu te couches comme une bête. Tu dors comme un veilleur. Tu te lèves comme un fou, pour aller au Livre, comme un illuminé. Tu t’es bourré d’insomnifères : les mots. Tu ne cesseras donc de m’étonner, Quintal livide et négligé, prompt à l’embonpoint… J’avais daté ta mort, volontaire évidemment, à Noël 1980. (…) Changer la crêche en morgue, réveillonner d’une balle dans la peau, plutôt qu’avec des huîtres dans la panse, ce serait là ton dernier défi, après tant d’autres. Une amie ne l’a pas voulu. Elle a frappé à ta porte, il était 22 heures. A 23, peut-être plus, elle occupait ton ventre, braquant sa fellation jusqu’au fond de sa gorge. »
Moreau s’adresse ici à son corps. Un corps vieillissant qui s’est enivré avec la même frénésie de la chair des femmes et des mots. Moreau l’enragé, dont l’écriture sent le soufre, le foutre et la sueur, à des années-lumière de tout intellectualisme. C’est son corps, baptisé M’Corps, « qui écrit, l’écrit, s’écrit. » Ce même corps qui cherche refuge dans l’amour pour érotiser la mort. Par ses outrances, Moreau a-t-il voulu se venger de l’existence ? On peut le supposer. L’accès au verbe, ce verbe « qui secouait le corps, ses abîmes, comme s’il en retournait la part maudite », lui a permis de vaincre les lois du silence, cette « omerta » des pauvres qui régnait dans la famille et que ses parents reproduisaient faute de mieux, eux qui rêvaient de faire du petit Marcel « un Tintin de bureau ». Il s’est grisé du ventre des femmes, en « foudroyé au grand cœur », histoire d’avoir l’impression de se consumer moins vite et d’une manière plus exaltante.
S’il n’a pas perdu son appétit de vivre, Moreau a toutefois laissé quelques illusions en route. Il ne semble plus trop disposé à faire confiance à M’Corps : « Chacun de son côté, l’amour l’écriture et toi, vous travaillez non plus à mon ivresse, mais à mon doute, à mon insatiété, peut-être à ma perte. (…) Si tu écris plus que jamais, c’est aussi pour dévoiler tes failles, tes faillites, tes fatigues. C’est ma faute, je t’ai surmené. Souvent, je t’en ai voulu de ne pas aller plus loin dans le portement de mes passions, toutes extrêmes. »
Qu’on ne s’y méprenne pas cependant, Moreau n’est pas du genre à se laisser gagner par la nostalgie ou tout du moins de l’étaler. Son écriture n’a que faire de l’affect. Elle est de l’ordre de l’instinctif, du pulsionnel. L’auteur de Quintes signe un livre crépusculaire, s’en prenant au passage à une époque « misérablement vulgaire » (on pourra çà et là lui reprocher quelques facilités) qui fait vivre au langage un véritable appauvrissement, « une frivole désincarnation ». Moreau sait mieux que quiconque que sans les mots, il aurait été probablement « un hors-la-loi pour cause d’ignorance ». S’il a su surmonter « un corps criminel », il en a gardé, pour la création, une « soulevante » et « brûlante » énergie. De même, qu’il a du surmonter « un corps alcoolique, mais point le vin des mots par quoi penser et écrire enivrent ».

Corpus scripti
Marcel Moreau
160 pages, 16,50
Denoël

* Signalons chez Lettres vives la réédition de Orgambide, scènes de la vie perdante paru en 1980

Ultime possession Par Emmanuel Favre
Le Matricule des Anges n°42 , janvier 2003.
LMDA PDF n°42
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