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Essais Le désir du roman

janvier 2004 | Le Matricule des Anges n°49 | par Didier Garcia

Dans son dernier cours au Collège de France, Barthes entraînait l’auditoire dans la fabrication d’un roman. Qui est aussi un art de vivre.

La Préparation du roman I et II

Cours et séminaires au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980)
Editions Seuil

Né en 1915, orphelin de père moins d’un an plus tard, Roland Barthes vécut une scolarité perturbée par de nombreux séjours en sanatorium. Il publia ses premiers articles dans la revue Combat avant de les réunir en 1953 dans Le Degré zéro de l’écriture. Mais ce fut l’année 1957 qui le propulsa sur le devant de la scène, avec ses Mythologies, qui le plaçaient d’emblée parmi les penseurs les plus originaux de son temps. Jusqu’aux Fragments d’un discours amoureux (1977), son œuvre progressa dans de multiples directions, abordant aussi bien la littérature, la linguistique, le cinéma, la photographie que la mode vestimentaire. Tenu pour le père du structuralisme, il se vit attribuer en 1976 une chaire de sémiologie littéraire au Collège de France, où il donna trois cours majeurs : Comment vivre ensemble, Le Neutre et La Préparation du roman, dernier cercle de sa recherche, tenu du 2 décembre 1978 au 23 février 1980. Deux jours après la fin de ce cours, il était renversé par une camionnette rue des écoles, accident des suites duquel il devait décéder le 26 mars 1980.
Reprenant le principe qui avait présidé à la publication des deux cours précédents (disponibles au Seuil, ainsi que les cinq tomes de ses Œuvres complètes), ce nouveau volume présente les notes dont Barthes se servait à l’oral, c’est-à-dire un canevas structuré mais ouvert que chaque séance mettait en forme. La Préparation du roman est présentée comme « une interrogation (…) sur les conditions (intérieures) auxquelles un écrivain, aujourd’hui, peut concevoir d’entreprendre la préparation d’un roman ». Il ne s’agit donc pas d’une réflexion historique ou théorique sur le genre.
Barthes commence par rendre compte de « l’origine personnelle et même fantasmatique du Cours ». Afin de donner une coloration nouvelle à sa vie, il fantasmait alors l’écriture d’un roman, genre auquel il ne s’était encore jamais essayé, et vis-à-vis duquel il se sentait en situation d’échec. Si ce cours examine surtout la manière dont les plus grands romanciers ont su réaliser leur projet, il peut aussi être lu comme l’histoire intérieure d’un homme qui veut écrire et délibère des moyens d’accomplir ce désir.
Selon Barthes, toute création littéraire s’origine dans les notes que l’écrivain accumule en vue de l’œuvre à écrire. Durant la première année de son cours, il s’attache ainsi au rapport entre « l’œuvre et cet acte minimal d’écriture qu’est la notation, principalement une Forme exemplaire de Notation, le Haïku », poème japonais de 31 syllabes réparties sur trois vers, et qui réalise, malgré sa brièveté, une véritable photographie du présent. La deuxième année est consacrée au cheminement initiatique qui mène l’écrivain de son projet à son accomplissement, soit de la note à l’œuvre, ou, pour parler comme Barthes, en termes d’intentionnalité, du « Vouloir-Écrire au Pouvoir-Écrire ».
Ce parcours initiatique confronte tout écrivain à trois épreuves successives : celle, ponctuelle et inaugurale, du choix (incarné par l’alternative mallarméenne : opter pour le Livre, architecturé et construit, qui correspond à une philosophie moniste, ou pour l’Album, qui répond à une philosophie pluraliste) ; ensuite celle de l’élaboration de l’œuvre, subordonnée à la pratique de la patience ; et pour finir celle de la séparation du monde, lorsqu’un divorce s’opère entre l’écrivain et l’extérieur, là où Barthes voit une « apostasie laïque à l’égard du monde », ce qu’illustrent ces propos de Kafka extraits de son Journal : « Je vis actuellement comme une huître. Mon roman est le rocher qui m’attache et je ne sais rien de ce qui se passe dans le monde ».
C’est dans l’examen de la deuxième épreuve, à la fois dans la nécessité pour l’écrivain d’organiser sa vie et de passer à l’écriture, que la culture de Barthes trouve le mieux à s’exprimer. Il y aborde par l’exemple quelques facettes mythiques du Pouvoir-Écrire : le rythme de travail, les conditions matérielles d’écriture, le travail la nuit, le recours aux excitants, les pannes (la célèbre marinade de Flaubert), les sacrifices relationnels, et le célèbre moment où l’écrivain sent enfin que « ça prend »
Si cette promenade dans les préparatifs du roman a de quoi passionner ceux qui s’essaient à écrire, elle offre à tous de découvrir les coulisses de la création littéraire, et de visiter un musée rendu vivant par les témoignages de Proust, Flaubert, Mallarmé, Tolstoï, Chateaubriand. Comme toujours chez Barthes, c’est d’une remarquable érudition (aussi bien littéraire qu’étymologique), et d’une formidable humilité : nulle arrogance dans ce cours où il continue de privilégier la culture à la méthode, et dans lequel il se contente souvent d’ouvrir des « dossiers » que certains de ses étudiants ont trouvé à remplir. Le dernier mérite de ce cours, et pas le moindre, est d’inciter à redécouvrir d’autres textes de Barthes, notamment sa conférence du 19 octobre 1978, « Longtemps, je me suis couché de bonne heure », qui condense les enjeux du cours à venir. Et, de texte en texte, à s’égarer dans cette œuvre riche d’au moins 5000 pages.

La Préparation du roman I et II
Roland Barthes
Le Seuil
480 pages, 25

Le désir du roman Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°49 , janvier 2004.
LMDA PDF n°49
4,00