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Domaine français Le parti pris des choses

mars 2004 | Le Matricule des Anges n°51 | par Richard Blin

Derrière la fascination que peuvent exercer sur nous un corps, un visage, une voix, c’est l’intelligence du désir que poursuit Patrick Drevet.

S’il faut un regard pour que le monde existe, le désir de voir, tel qu’il s’incarne chez Patrick Drevet (cf. ses Petites études sur le désir de voir (I et II), chez Gallimard), relève d’une forme très particulière de la connaissance. « J’ai la conviction qu’il y a plus de révélation à espérer sur l’être humain dans l’étude de son image que dans le défrichage de son monde intérieur ». C’est cette conviction qu’on retrouve à l’origine des trente-cinq séquences qui forment les Paysages d’Éros.
Écrivain du frémissement physique, de la sensation, de l’émotion, Drevet a fait du sensible la matière même de son écriture. Partant de la dimension la plus concrète de l’expérience un visage vu dans le métro, la toison des poils enrobant des avant-bras, la main d’un voyageur sommeillant dans un train, les évolutions de danseurs, le « chant singulier d’une allure »…, il commence par décrire (« Écrire n’est pour moi que décrire » aime-t-il à rappeler) la part visible de ce qui s’offre aussi spontanément à la vue, avant de donner progressivement voix aux vibrations, aux échos, aux vrillements de ce qu’ils éveillent en lui.
Le trajet du regard, sa lenteur méditante, en cernent le relief, la matière, le grain, permet d’en restituer l’empreinte, le modelé, les nuances tels que les soulignent les mouvements de la lumière.
De détails en visions plus ou moins aiguës, c’est la trame palpitante du désir et de ce qui fait la vie qui se découvre et s’impose dans toute son évidence. « Qu’est-ce que mon attention traque à travers mes yeux, mes sens, et vers quoi me pousse encore le désir qui me fait écrire ? Assurément, c’est le mystère et la force de la vie qui me subjuguent, surpris à travers la fragilité dont l’apparition de veines dans un visage ou sur un sein témoigne comme si j’y trouvais enfin le défaut de la cuirasse, la fissure par où les atteindre. (…) Il me faut en convenir (…), la vie en moi veut s’en prendre à ce qu’est la manifestation de la vie en l’autre, comme si elle cherchait à s’y rejoindre ».
Désir de voir qui mobilise tout l’être, s’appuie sur un subtil dosage d’exactitude et d’hypnose, d’intense attention et d’abandons rêveurs. Désir qui met la conscience au cœur même de la sensation et demande à l’écriture de pallier l’insuffisance des sens, de prolonger, en l’analysant, la violence et la richesse de ce face à face, de cette rencontre en ce qu’elle a d’unique. Car il s’agit aussi de faire advenir par-delà l’inventaire d’un certain nombre de merveilles, et par-delà les processus d’une perception souvent médiatisée par les modèles artistiques qu’offrent la statuaire, le cinéma, la peinture ou la littérature tout ce qui permet d’accéder à l’invisible de ce qui se montre, de toucher en quelque sorte à la vérité de l’être, celle de l’observé comme celle de l’observateur. Car celui qui regarde engage énormément de lui dans ce qu’il voit. À commencer par tout ce qui vient de son enfance ou relève de sa mythologie personnelle.
C’est ainsi que le corps de l’autre peut devenir miroir, espace de pure résonance, approche de l’énigme d’être ou de l’essence de la beauté.
Avec Drevet on est dans la volupté de la pure présence et souvent même au cœur de cette alchimie érotique associant ce qu’il y a de plus intime en nous à ce qu’il y a de plus intime en l’autre. Et lui qui rêvait de parvenir à « des exactitudes d’extase », d’atteindre « à des instantanés saisissants », de déplier « des fascinations subites, énigmatiquement révélatrices », ainsi qu’il l’avoue dans Le Vœu d’écriture (Gallimard), peut se targuer d’y être parvenu dans maintes pages de ses Paysages d’Éros. Son écriture toute en sensualité insinuante, et en circonvolutions expertes rend palpable les ondes de l’émotion et les tensions muettes de la chair dans le temps même où elle en traque l’indicible. C’est d’ailleurs cette quête de l’infini dans le fini qui la rend précieuse et la signe de son filigrane le plus secret.

Paysages d’Éros
Patrick Drevet
Gallimard
176 pages, 14

Le parti pris des choses Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°51 , mars 2004.