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Domaine français Entre Saône et spleen

mai 2004 | Le Matricule des Anges n°53 | par Philippe Savary

André Blanchard consigne littérature et châtiments dans ses carnets où, comme toujours, il n’en mène pas large.

Petites nuits

Carnets 2000 - 2002
Editions Maé-Erti

André Blanchard est réglé comme du papier à musique. Tous les trois ans, le discret de Vesoul (enfin une photo !) donne de ses nouvelles sous la forme de Carnets ou de Chronique, toujours fidèle à la même enseigne, Erti, éditeur « sans pedigree » domicilié à deux pas de chez lui. Frapperait-il davantage à sa porte pour y réclamer son dû ? Non. Ainsi va Blanchard, écrivain remplaçant, « paria » des lettres, le moral souvent dans les chaussettes, reclus parmi chat et K. impasse de la Défense, ex-impasse des Morts, ça ne s’invente pas. Un as de l’auto-dénigrement qui a choisi son destin par ce moyen : « Réussir rime avec nuire ». Alors, quand le stylo peine à tracer les mots, l’abattement en appelle au point final en guise d’épitaphe : « Ci-gît Blanchard,/ Écrivain d’après certains racontars,/ Qui ne fit rien,/ Mais le fit bien ».
Examinons l’intrus : il noircit des carnets depuis 1978, découvre le monde de l’édition en 1989 Entre chien et loup (Le Dilettante). Depuis, tous ses livres ont été publiés « au raccroc », malgré les louangues. Signes particuliers : lit principalement des écrits intimes (journaux et correspondances) ; fréquente assidûment Léautaud et Mauriac, Calaferte et Renard plutôt que son voisin. Signe très particulier : sujet à vertiges pour cause d’oreille cassée. On imagine : Blanchard n’est pas l’homme moderne que l’on voit à la télévision. Mais sa plume mérite d’être connue. Si elle caresse magnifiquement la langue française dans le sens du poil, elle n’est pas avare en vacheries exercice d’adresse dont l’ex-enfant de chœur est passé maître.
À la suite de titres délicieux De littérature et d’eau fraîche, Messe basse ou encore Impressions siècle couchant voici donc ses Petites nuits, à la lecture desquelles le soleil peine toujours à se lever. Après une entrée en scène un peu laborieuse (fréquenter l’ANPE a de quoi rendre la plume migraineuse), Blanchard délivre ses pensées du jour (ou plutôt du mois). Humeurs, commentaires, lectures, aphorismes : il s’agit là de retenir le grain du temps qui passe et de lui donner un brin d’épaisseur. Son travail tient à la fois du moraliste, du chasseur de papillons et de l’aiguiseur de couteaux. Il traque « l’ego à la recherche de sa dose », collectionne les avis de décès ineptes et les vices de notre belle époque, glisse des peaux de banane sous la langue des bavards, interpelle Dieu et le monde de l’édition. Avec style : « C’est de plus en plus la cohue dans la littérature. Il faudrait des mécènes défroqués qui nous paieraient pour ne pas écrire. On ferait un roulement, comme pour les terres qu’on met en jachère. » Sous ces airs bravaches, Blanchard n’en mène pas large. Comme Proust ou Flaubert, l’homme aimerait tant écrire des romans seulement « Mettre la barre haut, c’est inciter à passer dessous. »
Atelier d’écriture à ciel ouvert, Petites nuits condense les doléances d’un journalier des lettres en proie à ses « jours ennemis ». La mélancolie a trouvé son scribe. « Ouvrez et vous serez frappé » annonce la quatrième de couverture. Oui, le bonhomme n’est pas à son avantage. L’écrivain, si.

Petites nuits
(Carnets 2000-2002)
André Blanchard
Maé/Erti
(8, rue des Communailles 70170 Conflandey/Port-sur-Saône)
162 pages, 22

Entre Saône et spleen Par Philippe Savary
Le Matricule des Anges n°53 , mai 2004.
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