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Poésie Debout la poésie !

mai 2004 | Le Matricule des Anges n°53 | par Catherine Dupérou

Bernard Heidsieck, initiateur de la poésie sonore en France, publie « Derviche/Le Robert », livre-CD, somme à lire et à entendre. De concert.

Derviche/Robert

+ 3 cds comprenant l'intégralité du Derviche/Le Robert
Editions Al Dante/Niok

Lettre à Brion Gysin

Adieu à la page. Et sans façon. À la page confidente. À la page adversaire. Interlocutrice ou véhicule. Adieu. La Poésie s’en est extraite, enfin. (…) Le poème, donc, fait sa rentrée au monde. Matière redevenue potentiellement libre et vive. Prêt, y aspirant, à se cogner, à se frotter, quitte à y perdre plumes et sang, ou à les acquérir, à ces réalités neuves que sont pour lui ces désormais dimensions autres où il est appelé à se mouvoir, l’espace et le temps. Prêt à aborder un public, aussi, non plus fui mais recherché, sollicité. Le poème, oui, réintègre la société. Plus justement, modestement, s’y évertue. » C’est en 1963 que Bernard Heidsieck écrit ces lignes, véritable manifeste poétique repris en 1973 dans Partition V, initialement paru au Soleil noir et réédité au Bleu du ciel en 2000. Dans la lignée d’avant-gardistes tels que Hugo Ball ou Kurt Schwitters, il invente une poésie où la dimension orale est aussi voire plus importante que celle de l’écrit. Pour réinjecter de la vie dans le poème, il fallait le lire à haute voix. « Agir le texte » devant le public. À partir de 1959, il utilise le magnétophone comme moyen d’écriture et de retransmission. Il écrit des « Biopsies », en prélevant « dans le tissu social », des morceaux de langue dénervée, formulaires administratifs, tracts et directives, pour les agencer, et les revivifier au sein de poèmes. En 1978, il commence à travailler sur Derviche/Le Robert, avec la volonté d’écrire « une suite de poèmes sonores qui (…) eussent dû donner l’impression de tourner sur eux-mêmes », et réalisant « un abécédaire à partir des dix premiers mots de chacune des lettres de l’alphabet du grand dictionnaire Le Robert, et dont le sens m’était totalement inconnu ». Pour mener à bien ce projet, il faudra à Bernard Heidsieck sept années.
Dans les « Notes a posteriori » qui ouvrent le livre, l’auteur retrace l’aventure de sa création et ses enjeux. Il nous donne aussi les outils nécessaires pour aborder cette œuvre-somme de poésie sonore. À partir d’un abécédaire en creux, il aura fallu s’imposer une règle capable de donner vie à un « matériau vide de sens ». Il était « impératif » que les 26 textes aient une structure différente et forment des « mini psychodrames » durant de trois à neuf minutes par lettre.
Car si Bernard Heidsieck fait de la poésie sonore, son matériau reste le mot et sa sémantique, alors que d’autres, comme Henri Chopin, sont allés vers un bruitisme plus abstrait. Lorsqu’il utilise un magnétophone, c’est pour diffracter le sens et faire dialoguer les voix enregistrées. Derviche/Le Robert est en cela un laboratoire vivant qui contient des morceaux de textes antérieurs comme Vaduz et Canal Street. Et annonce, en intégrant l’injonction éclairante d’Ezra Pound : « Prenez un dictionnaire et apprenez le sens des mots ! » et sa voix, le travail à venir sur la série des « Respirations et brèves rencontres ». Le but initial et final de Derviche/Le Robert est sa lecture intégrale en public. Avec cette publication contenant 3 CD, l’objectif est atteint. Il faut pour cela saluer le travail des éditions Al Dante qui s’attachent à publier les travaux de celui qui reste en France l’initiateur de la poésie sonore. Dont cette Lettre à Brion Gysin.
En 1974, alors que celui-ci se fait opérer d’un cancer à Londres, Bernard Heidsieck, Françoise Janicot et des amis poètes et musiciens décident de lui envoyer une lettre « sonore ». Réalisée sur le fameux revox A 700 d’Heidsieck, elle prononce, à plusieurs voix, s’interférant, se répondant, les nom et prénom de Gysin. Envoi au sens premier, hommage, spéciale dédicace, que dire d’autre que le nom de son destinataire, dégorgé, catapulté en un seul souffle d’énergies multiples. Pièce polyphonique, cette lettre est une partition vitale pulsée par l’amitié. Brion Gysin sut l’entendre, il eut une rémission de dix années.

Bernard Heidsieck
Derviche/Le Robert
Al Dante/Niok
200 pages + 3 CD, 30
Lettre
à Brion Gysin

Al Dante
CD, 16

Debout la poésie ! Par Catherine Dupérou
Le Matricule des Anges n°53 , mai 2004.
LMDA papier n°53
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LMDA PDF n°53
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