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Vie littéraire Plateau irlandais

juin 2004 | Le Matricule des Anges n°54 | par Christophe Dabitch

Les éditions Pierre Mainard fêtent leurs cinq ans, la maison bordelaise à l’éclectique catalogue trouve petit à petit son chemin en le cherchant.

On lui demande encore qui est ce mystérieux Pierre Mainard qui a donné son nom à la maison d’édition alors que lui-même, le fondateur, se nomme Stéphane Mirambeau. Pierre Mainard n’existe pas, tout comme le personnage de Borges, Pierre Ménard, écrivain fictif qui fit œuvre nouvelle en réécrivant le Don Quichotte de Cervantès. Le clin d’œil n’est pas gratuit car l’atmosphère du vrai/faux, les jeux littéraires, la (re)découverte d’écrivains oubliés et d’autres méconnus, les récits de formes courtes mêlant prose et poésie et peut-être l’idée que le lecteur crée lui-même un texte par la lecture sont les caractéristiques du catalogue une vingtaine de titres de ce petit éditeur qui aime « donner un écho à des choses qui existent et qui peuvent prendre la forme d’un livre, pour que d’autres y aient accès, des textes qui sinon resteraient peut-être dans un tiroir ».
Stéphane Mirambeau a fait d’autres métiers avant de tenter l’édition et il n’est pas passé par la case universitaire. Titulaire d’un BEP, il fut d’abord aide-soignant puis, saisi par l’ennui après quelques années, il reprit des études en rapport avec sa passion de lecteur. Il apprit « quelques trucs » dans les métiers du livre mais attendit encore quelques années, entre petits boulots et chômage, avant de se lancer. À l’origine, il y a donc un jeune homme qui se plonge dans les livres en autodidacte, qui « devient lecteur tout seul » : Sartre et Camus pour la dimension philosophique, Calvino, les auteurs russes… Il fait des fiches, dévore la presse littéraire. « Ça développe une personnalité un peu étrange, quand je découvrais un auteur qui me plaisait, je lisais toute son œuvre, j’aime bien entrer totalement dans une atmosphère, avec l’idée de durée ». Au passage, il y a des rencontres, des amis qui l’orientent, il découvre Handke, Michon, Juliet et petit à petit aime des textes qui paraissent dans des fanzines ou grâce à des tirages confidentiels. Il découvre aussi qu’il est « de moins en moins sensible au roman, il y a une construction qui me fatigue vite et puis de si grands ont été écrits. Avec Daniel Baudoin, lorsque nous avons fondé la maison, notre ligne de ce point de vue a été vite décidée, ce serait des textes plutôt courts, en dehors des normes ».
Les rencontres littéraires ont ensuite décidé du catalogue et des collections qui sont autant d’échos au parcours intime de l’éditeur, singulier, à l’écoute des voix originales que l’on entend peu. Philippe Billé (Promenages, Poèmes listes, Rio même, souvenirs d’un voyage au Brésil) permet la rencontre du prolifique « poète ordinaire » Lucien Suel (Têtes de porcs Moues de veaux) qui lui-même connaît l’auteur et animateur de la revue Le Jardin ouvrier Ivar Ch’vavar (Écrit en fumant du belge). D’autres ramifications s’ouvrent avec le libraire et éditeur Joël Cornuault qui publie chez Mainard deux très beaux textes (Nostalgie de Wou-Ling et La Grammaire entre tes joues). Dans l’esprit du vrai/faux, Les Merletti, histoire d’une famille foraine de Daniel Boucherie et Stéphane Traumat est un songe émouvant. Stéphane Mirambeau fait également un pas vers la littérature érotique (Mollasse Candy de Anne-Marie Beeckman), vers la prose descriptive d’un auteur quelque peu oublié (À Arcachon de Francis Poictevin) et publie les aphorismes de l’auteur argentin Baldomero Fernandez Moreno (Le Papillon et la poutre) dont il aime particulièrement le dernier : « Je suis un homme du monde, mais de l’autre ». Et puis il y a la rencontre avec Christophe Massé, petit-fils de l’écrivain Ludovic Massé (1900-1982), auteur catalan, anarchiste de tempérament, pacifiste que l’on dit aussi écrivain prolétarien. Stéphane Mirambeau se sent « très proche de cet homme, dans son engagement, dans son attitude droite, dans son écriture que j’aime beaucoup ». Après avoir publié trois nouvelles, Versant de la douleur et un conte, Pip et la liberté, il envisage ainsi dans les années à venir de publier une grande partie de son œuvre grâce à Christophe Massé, également auteur (dans Bordeaux eux à bord) qui a décidé de lui ouvrir le fonds de son grand-père. Car à 36 ans, Stéphane Mirambeau, qui reçoit de plus en plus de manuscrits (« il y a tant de gens qui écrivent »), a des projets à long terme et sortira peut-être du format court pour publier une « œuvre monumentale » d’un auteur dont il préfère pour l’instant, par prudence, taire le nom.
Dans les années à venir, il lui faudra conforter l’autre réseau « d’amis », les libraires qui sont une cinquantaine en France à accueillir ses livres. Car avec des tirages à 600 exemplaires en moyenne, par nécessité et par choix, Mainard se distribue lui-même et, ne sollicitant que rarement des subventions, il prend encore un risque pour chaque publication. Prosaïquement, c’est une autre activité (graphisme publicitaire) qui le « fait manger ». Il ne faudrait pas oublier l’élégance des livres, le soin apporté jusqu’au bout à ces petits formats imprimés en majorité par un « grand homme », Edmond Thomas, des éditions Plein chant. Un ami de plus dans cette maison qui monte petit à petit, à une échelle qu’il espère toujours humaine.

Éditions Pierre Mainard 12, rue Saint-Laurent 33000 Bordeaux rens. 05.56.44.22.48. ou mainardeditions@wanadoo.fr

Plateau irlandais Par Christophe Dabitch
Le Matricule des Anges n°54 , juin 2004.