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Poésie Le cinéma de Véronique

juillet 2004 | Le Matricule des Anges n°55 | par Emmanuel Laugier

En deux livres malins, Véronique Pittolo renverse l’univers des contes et du septième art comme des crêpes.

Gary Cooper ne lisait pas de livres

La phrase qui ouvre Chaperon loup farci, qui paraît avec Gary Cooper ne lisait pas de livres, quatrième et cinquième livres de l’une des poétesses les plus prometteuses de la jeune génération, définit bien sa poétique : « Que l’action se situe dans une région imaginaire (royaume) n’empêche pas le réalisme de la description ». Voilà une réponse possible à un rapport au monde qu’on pourrait lui refuser, juger superficiel, tant, en effet, Véronique Pittolo le contourne par des linéaments étrangement enfantins, tels ceux contenus dans les contes de fées, les monstres de dessins animés, le cinéma, l’opéra, le tout mâtiné d’autobiographie. Pourtant, elle cerne peut-être bien davantage ce qui se trame dans le réel, jusqu’aux fictions qui le constituent aussi. L’humour et la légèreté n’empêchent pas la profondeur de son regard. La mélancolie, ainsi que la réflexion sur le temps et l’enfance, s’immiscent partout entre ses lignes. Le processus d’écriture a le tact de s’ouvrir à des variations thématiques devenues aussi bien nécessaires à son existence qu’à l’élaboration de chacun de ses livres. Montage (Fourbis, 1992), par exemple, le plus autobiographique, utilisait déjà, comme au cinéma, la logique du déplacement des scènes, ici d’enfances, pour narrer une vie de souvenirs presque impersonnels. Héros (Al Dante, 1998) relevait des fragments fascinants de plans tirés du cinéma de l’Amérique des années 50 : une main, des jambes qui se croisent, le tombé d’un costume. Le tout, détaillé, était rentré dans de petits bandeaux de proses discrètement descriptives. Schrek (L’Attente, 2003) s’intéressait à revivifier les contes, comme y songeait aussi Walter Benjamin. Avec Chaperon loup farci, c’est bien sûr l’un des archétypes de la littérature enfantine qui est pris en charge. Mais l’intérêt de cette quasi réécriture consiste à retourner le désir carnassier du loup sur l’innocence des petites filles. Les prudes en auront pour leur grade lorsque Véronique Pittolo, pas innocente pour un sou, écrit : « à la morale succède la mode, désir de poser, parée et maquillée mais pas trop. Le souci d’être photographiée. Vivre des aventures dangereuses ». À la question de la maîtresse : « Qu’est-ce qui est rouge ? », l’enfant répondra « Mon taille-crayon, ma jupe, ma langue ». Car le loup est déjà sous les jupes du poème à marauder ses phrases.
Dans Gary Cooper ne lisait pas de livre, la caméra scrute le mouvement des acteurs : certains deviennent de simples blonds, des archétypes de la blondeur, on les dit évanescents. À peine sont-ils (les blonds) assez présents pour impressionner la pellicule d’un film, qu’il ne leur reste qu’à onduler près de piscines trop bleues pour attirer encore l’attention du réalisateur. C’est tout un travail que Robert Mitchum sut faire en buvant « du lait », effaçant en bon somnambule « son passé sous le sabot/ des chevaux sur une route qui monte, descend, ne s’arrête jamais ». Ainsi, qu’ils soient « Blonds nautiques » ou qu’elles soient « Blondes et bouches » en cœur, ce livre les filme tous et toutes. Par le déroulé pelliculé d’une langue aussi sobre que savamment composée, suivant trois parties presque didactiques, Garry Cooper ne lisait pas de livres concentre de l’intérieur les prises de vues que seul un cinéaste des mots put transcrire noir sur blanc sur son carnet. C’est en somme une sorte de scénario impossible qui se dessine, puisque sa focale se porte exclusivement sur le mouvement d’une chevelure brillante, ou un simple dos : « petit dos plein de lâcheté qui monte un escalier/ en silence » ou « dos d’écoliers à capuche pointue », « l’histoire s’arrête (…), nous dit cette femme ordinaire du cinéma, quand il en a assez d’être vu de face ». Mais pas nous qui la continuons seuls, pris dans le « réalisme de la description ».

Véronique Pittolo
Chaperon
loup farci

La Main courante
46 pages, 12
Gary Cooper ne
lisait pas de livres

Al Dante
104 pages, 15

Le cinéma de Véronique Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°55 , juillet 2004.
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