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Poches Question d’identité

juillet 2004 | Le Matricule des Anges n°55 | par Franck Mannoni

Hier et aujourd’hui, de New York à Jérusalem, des juifs cherchent à vivre leur religion au quotidien, face aux incertitudes.

Pour soulager d’irrésistibles appétits

En neuf nouvelles, Nathan Englander, qui réside en Israël, brosse le portrait de juifs à travers l’Histoire. De la Seconde Guerre mondiale à nos jours, tous tentent de trouver la juste articulation entre les préceptes édictés dans la Halakhah, recueil des lois judaïques, et leur vie de tous les jours. Omniprésente, la religion définit leur mode de vie, se traduit de temps à autre en contraintes librement débattues, et se heurte parfois aux décisions et conseils du rabbin, interlocuteur privilégié en matière de respect des règles, de vie communautaire, et ici de vie conjugale. Nathan Englander a choisi de commencer son recueil par deux nouvelles choc. « Le 27e Homme » raconte ainsi comment la police politique soviétique conduit une rafle en suivant la liste préétablie par le pouvoir : vingt-sept intellectuels juifs, promis à la torture et à une exécution sommaire. L’un d’eux, au contraire de ses compagnons d’infortune, n’est pas un écrivain connu et n’a même jamais publié. Tous, en cellule, attendent la mort, discutent de littérature, de témoignage et de la vaine notoriété. Surtout, ces auteurs opprimés par la dictature, rescapés de la Deuxième Guerre mondiale, soulignent leur condition, différente de tout autre écrivain : « À quoi bon écrire quand tous vos lecteurs ont été réduits en cendres ? Il ne faudrait jamais survivre à sa langue ».
« Les Acrobates » pousse encore plus loin la description de la barbarie et mêle ce dramatique constat à l’ironie du sort, saupoudrant le tout d’un humour très noir, qui confine à l’absurde. Dans un ghetto juif, l’évacuation s’organise. Pendant que la foule grimpe dans des wagons à bestiaux, un petit groupe, inconscient du danger et du destin funeste qui lui est promis, décide de prendre un autre convoi. La chance leur sourit, les voilà dans un train emprunté par des artistes. Il leur faut maintenant ressembler à leurs hôtes involontaires pour passer inaperçus, renoncer à leur identité profonde « et errer à travers le monde en faisant des cabrioles jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un pays où ils soient les bienvenus », faire « taire cette conscience de l’indignité qui était un sentiment d’homme riche, une émotion à laquelle Mendel avait renoncé, ainsi qu’à la liberté de la ressentir, des horreurs et des horreurs auparavant ».
Ces deux nouvelles viennent comme en préambule rappeler une condition sans laquelle le reste de l’œuvre ne peut se lire. Tous les personnages du livre, consciemment ou non, qu’ils aient vécu ou non ces épisodes, sont comme traversés par elle. Leur manière de vivre, aujourd’hui, semble découler indirectement de ce passé traumatique commun. De New York à Jérusalem, la question de l’identité campe au centre des discussions, traverse ce recueil. Un mari indigne commet des sacrilèges à la synagogue et voit son épouse le quitter, après l’intercession du rabbin qu’il bouscule (« Retrouvailles »). Un protestant américain s’imagine être juif, change de vie et brise son ménage (« Le Gilgul de Park Avenue »). Dans un grand magasin, l’employé qui chaque année se déguise en Père Noël est en fait un rabbin (« Reb Kringle »). « Pour soulager d’irrésistibles appétits », un juif traditionaliste se voit accorder, par le rabbin en personne, l’autorisation exceptionnelle d’aller voir une prostituée. Avec une profonde humanité, Nathan Englander confronte ses personnages aux questions les plus troublantes, fardeau des croyants et des pratiquants. Si le doute est omniprésent, jamais ceux-ci ne quittent le giron de la communauté, source de leurs tourments philosophiques mais également point de ralliement, face aux incertitudes du monde et à ses bouffées de folies.

Pour soulager
d’irrésistibles
appétits

Nathan Englander
Traduit de l’américain par Elisabeth Peelaert
10/18
228 pages, 7,30

Question d’identité Par Franck Mannoni
Le Matricule des Anges n°55 , juillet 2004.
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