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Domaine français Corps surexposés

septembre 2004 | Le Matricule des Anges n°56 | par Dominique Aussenac

Trucider les pères pour retrouver la fraîcheur de l’enfance : Pascal Morin propose un roman autant déroutant que vénéneux.

L' Eau du bain

Illustration(s) de Loustal
Editions Esperluète éditions

Dans un nouveau chapitre contemporain de L’Eau et les rêves, Gaston Bachelard aurait fort à écrire sur le caractère mortifère des piscines, ces lieux carrelés, aux eaux apparemment domestiquées qui se transforment en antichambres cliniques de drames répétés. Leurs eaux mi-poison mi-formol proposent une fraîcheur irréelle dans la moiteur de l’été. Le roman de Pascal Morin se construit ainsi autour d’un bassin, enjeu insidieux d’une lutte entre Anciens et Modernes. Nous sommes dans un sud paysan, laborieux, replié dans ses traditions, ses normes. L’été y est torride, mais les natifs du coin s’interdisent détente, plaisirs de l’eau, et farniente. Tous, sauf le narrateur qui habite, travaille en ville et vient passer ses vacances dans une famille composée uniquement d’hommes, le grand-père, le père, les deux frères. Grand-mère et mère ont disparu il y a bien longtemps dans des conditions apparemment mal élucidées. La seule figure féminine, c’est la petite qui épie tout le temps. Demi-sœur, elle se prénomme Sandra, affirme que ça vient de Cassandre et évidemment n’arrête pas d’annoncer du malheur. Elle disparaîtra elle aussi, mais pas dans la piscine, laquelle a été gagnée de haute lutte : il a fallu persuader le grand-père d’abandonner son carré de jardin, victime de la civilisation des loisirs, du futile, de l’inutile. Lui-même succombera : « Je m’approche, je lui dis bonjour et je le jette dans l’eau. (…) Comme il ne s’est jamais baigné de sa vie et qu’il n’a pas eu l’occasion d’apprendre à nager, il coule assez vite. J’ai la réponse à ma question d’hier : un noyé ça ne flotte pas. » Viendra ensuite le tour du père, écrasé dans le bassin vide… La faute à pas de chance ? Presque. La force de cet ouvrage est de ne pas donner de réponse, d’évoquer la torpeur de l’été, la sensualité de l’eau, des corps, la relation presque charnelle qui unit les trois frères. L’écriture elle-même paraît surexposée, phrases courtes, vives, au présent d’éternité, magie de l’instant, alternant brillance absolue et fondu au noir jusqu’au vacillement, à l’aveuglement qui semblent justifier les crimes. Pas d’explications, pas de psychologisme non plus : la volonté de puissance du narrateur, proche du délire, une dimension apollinienne, narcissique, son absence de culpabilité, les phrases assénées, cinglantes, impressionnent et finalement révèlent magnifiquement en l’occultant, en le récusant, tout un monde sensible d’émois, de douleurs, de souvenirs : « J’importerai la jouissance, j’importerai la ville. », « Tout doit disparaître, c’est une loi intraitable. Place nette. Je veux du neuf »., « Je me réveillerai demain dans un monde sans obstacle, un monde parfaitement unifié où plus rien ne sera contre moi. »
Malgré ces meurtres, L’Eau du bain n’est pas un roman policier, plutôt une miniature intimiste sur un moment de la vie de trois frères voulant retrouver la toute-puissance de l’enfance, évacuer le malheur, la contrainte, le passage du temps et accéder à la jouissance dans une matrice carrelée, rappelant le ventre d’une mère oubliée. Sûr, le thème et son traitement évoquent les écrivains américains du Sud dit profond, mais finalement peut-être sommes-nous ici plus près de Thalassa. Psychanalyse des origines de la vie sexuelle de Sandor Ferenczi que de Tennessee Williams, Faulkner ou encore Breat Easton Ellis et c’est aussi très réussi et très ironique. Pascal Morin est né dans la Drôme à Nyons en 1969, il enseigne les lettres et le cinéma à Sevran et à la New York University de Paris. « L’après-midi est une chose furieuse. Je suis dans le noir et blanc d’une lumière trop intense et malgré mes verres solaires il m’est impossible de fixer les objets qui ne sont pas dans l’ombre. Les images sont tranchantes. »

L’EAU DU BAIN
Pascal Morin
Éditions du Rouergue
125 pages, 9

Corps surexposés Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°56 , septembre 2004.
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