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Poches Boum-Boum l’insoumis

février 2005 | Le Matricule des Anges n°60 | par Thierry Guichard

Mickey le rouge

Plongé dans une ludique confusion, le roman de Tom Robbins, figure de la culture pop américaine, réjouit les amateurs de liberté, et griffe l’occidental « way of life ».
Prenez le conte de fées, avec roi, reine et princesse, faites lui sniffer de la cocaïne, équipez-vous d’une machine à écrire électrique avec laquelle votre relation conjugale aura la courbe de toutes les relations conjugales, du coup de foudre au coup de sang, et vous marcherez sur les pas de Tom Robbins. Sous couvert de faire une parodie des contes sirupeux, l’Américain manie le clavier de sa Remington SL3 comme un gamin ivre manierait le volant d’un dragster sur la route des boîtes de nuit. Ça va vite, pas très droit, ça dérape quasiment tout le temps, mais ça ne manque pas de carburant.
Il était une fois une princesse, Leigh-Cheri, hébergée comme ses géniteurs tarés par le gouvernement des États-Unis dans une demeure envahie par les ronces. Déprise de l’amour, croit-elle, elle se consacre au sauvetage de la planète, en portant des t-shirts qui dénoncent le nucléaire. La princesse a de jolis seins, un bon fonds, mais on ne passerait pas deux heures en tête-à-tête avec cette linotte. Affublée d’une vieille Sancho Pança au féminin et, momentanément d’un crapaud, elle va se rendre au premier festival de la « Géo-Thérapie » à Hawaii. Elle y rencontrera un aussi rouquin qu’elle (brun cependant en raison de son déguisement), Mickey le Rouge, véritable hors-la-loi et « ceinture noire de haïku ». Ce diable délicieusement pas charmant se trimballe avec de la dynamite attachée à sa taille. Sa définition du hors-la-loi sous le ruban de la Remington le place entre Rimbaud et l’anarchisme. « Tous ceux qui vivent soumis aux lois élaborées par d’autres sont des victimes. Ceux qui vont contre la loi par avidité, frustration ou vengeance sont des victimes. (…) Mais nous, les hors-la-loi, nous avons un but commun : renverser les idées établies concernant la nature de la société. Quand nous y arrivons, nous faisons monter le degré de joie dans l’univers. » Il faudrait ajouter un couple d’extra-terrestres (qui haïssent les roux), un prince arabe, une théorie passionnante sur les pyramides et leurs rapports aux extra-terrestres et on aurait là les principaux ingrédients du synopsis. Si Tom Robbins joue de la fable pour égratigner méchamment le monde occidental (en 1980, date de parution du livre, le bougre voyait clair) on sent chez lui que, plus qu’à une histoire, c’est au jouissif exercice d’écrire qu’est consacré tout le livre. Écrire dans une liberté joyeuse, irrévérencieuse, s’ouvrir, sur le clavier électrique, des voies qui, si elles ne sont pas interplanétaires, permettent quand même de planer assez haut. On se réjouira des métaphores outrancières de l’écrivain : « Leigh-Cheri se sentait gaie comme un cierge noir allumé à la veillée mortuaire d’un serpent » ou « un vent glacial débarqua, dernier passager de la pluie, avec une étiquette Alaska sur chacune de ses valises. » Dans les références nombreuses que l’auteur tisse avec la littérature française on pourra voir en lui un cousin américain de Boris Vian (Jean-Sol Partre est évoqué) : la fantaisie serait-elle l’arme absolue des hors-la-loi ?
Hélas, le roman s’entête à rester brouillon, et des longueurs monotones font qu’on attend la fin avec impatience. Même grimés ou travestis les contes de fées peuvent endormir les lecteurs. Plus tenu, le roman aurait tutoyé les chefs-d’œuvre. Il se contente de nous faire une joyeuse récréation. Et donnera l’envie à plus d’un de débrider leur clavier…

Mickey le Rouge
Tom Robbins
Traduit de l’américain
par Marie-Hélène Dumas
10-18
317 pages, 7,80

Boum-Boum l’insoumis Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°60 , février 2005.
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