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Poésie Chair poème

mars 2005 | Le Matricule des Anges n°61 | par Thierry Guichard

Serrés dans leur camisole, les poèmes de Jean-Pascal Dubost se nourrissent de toutes les époques de la langue. Ils érigent une mangue organique gonflée de sang.

On n’entre pas ici comme dans un moulin ». Cette phrase, qui constitue la totalité du texte intitulé « poème » dans Monstres morts, sonne comme une mise en garde. Effectivement, on n’entre pas si facilement dans ces proses resserrées, poèmes ennoyautés en blocs rectangles de textes, vers défaits et reficelés dans une apparente continuité. Les monstres sont ce qu’ils sont : des corps grotesques, affublés d’une déformation spectaculaire. Ils peuvent aussi être ces objets encombrants qu’on dépose sur les trottoirs, espérant que quelqu’un les emportera. Le monstre est aussi un tableau, nous dit Littré « qui indique, pour un morceau de musique, le nombre de vers que le poète doit faire, et le nombre de syllabes que chacun de ces vers doit avoir. »
L’ouverture de Monstres morts rassemble et concasse ensemble des images venues de l’enfance (les années 70 où l’on retrouve une petite Roumaine championne de gymnastique et si triste). L’écriture n’explore pas tant le sens immédiat, ce qui serait à dire, qu’elle donne à entendre les différentes strates de la langue et de la mémoire. Le lexique, chez Jean-Pascal Dubost, emprunte des termes aux poètes de la Renaissance autant qu’à des expressions familières de la rue. La phrase se détourne elle-même au passage d’un mot sur lequel jouer, déraper, faire surgir un autre sens, sortir du sillon.
Ainsi de ce portrait que les moins jeunes reconnaîtront : « Seventies et strass et brillantine au casque en tubes d’aimer, qu’aimer, d’être laissé aimer, raimer, reprendre et tout donner (…) le chanteur, pour gagner la nue et vous apprendre le verbe pronominal défenestrer, s’est platement joint à la cohorte de mégots, de hérissons, de chewing-gums, d’oiselets ». On voit que d’un tube de brillantine on peut faire des tubes qui chantent l’amour, qu’on peut tomber des nues et que c’est quand même tomber à plat. Dubost appose des mots carrefours desquels plusieurs pistes de lecture peuvent naître : il est plus facile de partir du poème que d’y entrer.
Les jeux lexicaux n’empêchent pas la colère qu’on sent poindre plusieurs fois dans le livre : le chômage du père, les économies à faire et manger trop souvent « les augées de plâtre mousline », plus tard le RMI, la CAF où la « Réceptionniste, surélevée, courtisée (longue la file d’hères devant elle), robe de chintz (aux motifs d’ocelles) la serre, exhausse ses seins » finit par dire que le demandeur est « redevable de la somme de 8637 ». Des exagérations d’allitérations, des syllabes juxtaposées comme notes de percussion, donnent à la langue une matérialité de pâte à mâcher, comme s’il fallait pour dire ces textes mastiquer chaque phrase : « les terres et la cour tourbe craintive tout occupée à ses petits cailloux ». Puis, ici et là, des accélérations faites de répétitions, renvoient aux refrains des comptines.
On retrouve la même facture dans le livre que le poète, né en 1963, partage avec Joachim du Bellay. Le principe de la collection où paraît Dame consiste à publier, tête-bêche, un moderne et un ancien et voir ce que le premier retire ou non du second. Ici, Jean-Pascal Dubost (dé)chante la dame, l’aimée qui donne naissance et sujet au poème. Le poète n’est pas dupe de ces amours chantées, de ce qu’elles ont de factice ou de prosaïquement charnel : « hanter du mot « aime » chaque mot que poème d’un coup, tendur et gonflé de sang, suant sans aucun style roucoulant ni ronflant ». Contre les roucoulements sous les balcons et le jus de cerveau de la mauvaise poésie (« nos amis les poètes se sont mis des consonnes inadmissibles dans la bouche ont procréé cervereaux sans couilles ni cœur ») il s’agit bien de redonner au poème ses humeurs. Quitte à le rendre monstrueux.

Jean-Pascal Dubost
Monstres morts
Obsidiane
114 pages, 15
et Dames
Joachim Du Bellay
Amores
Editions1:1 (poésie)
72 pages, 12

Chair poème Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°61 , mars 2005.
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