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Nouvelles Nous ne violons pas les lois (car elles sont consentantes)

mars 2005 | Le Matricule des Anges n°61 | par Ludovic Bablon

> KIDNAPPING D’UN JUNKIE / ÉPISODE 3.

> Résumé de l’épisode précédent :
Une secrétaire, sa supérieure hiérarchique vivante, et son chien, stationnent dans l’entrée d’un appartement modeste. Stupeur, tremblements : si on imagine une dramatique horloge dans la pièce où nous sommes, nous remarquons qu’elle sonne continûment : il faut en conclure que c’est l’heure des explications.


- Rebonjour, Marguerite, déclare sans préambule la Directrice à ce moment si crucial de son processus de réincarnation en soi-même. Quelque chose, dans la pauvreté crasse du mobilier, m’indique que je ne suis pas chez moi. Suis-je détenue quelque part ? M’avez-vous enlevée, tuée, et séquestrée ? Qui est ce chien qui a l’air vicieux ? Interrogations, mystères. Je viens de me rendre compte que je ne savais pas grand-chose du futur. Est-ce que ce sera comme l’avenir ? Est-ce que ce sera comme le passé, par l’intermédiaire d’un retour ? Par ailleurs j’ai entendu dire que tout était toujours présent ; les ennuis adjacents se spécialisent pour affirmer que je ne sais pas où je suis. Dans ce cas, je pose la question concernée. Mais avant même qu’on me réponde, je veux faire savoir que je boirais bien un verre d’eau ; pour être honnête, la saveur délicate des canalisations moisies redevient un plaisir une fois qu’on a vécu la mort.

- Madame ! dit Marguerite, je suis consternée ! C’est une double violation de domicile ! Que vous vous infiltriez par ruse dans un cadavre, certes, ça se peut, surtout si vous possédiez ce corps dans l’ancien temps ; mais qu’en plus, munie de ce cadavre reconstitué comme corps, vous vous immisciez chez moi par effraction, et ce parfaitement en dehors des horaires de bureau, manquant de me trucider d’effroi, et tout ça pour… déblatérer cette espèce de méditation qui sent la naphtaline… c’est du harcèlement ça madame ! Je suis tellement en colère contre vous que je ressens un atroce besoin de vengeance : il interdit que je vous donne de l’eau. N’e m’oblige-t-il pas plutôt à vous demander : est-ce que les lois de la vie et de la mort ne sont rien pour vous ?? pourquoi les enfreignez-vous ?

- Mais, j’ai toujours soif ! Si vous permettez, je vais m’abreuver dans cette gamelle.

- N’y touchez pas bon sang, ne vous croyez pas chez vous partout, madame l’encadrement ! Attention, je vous montre ce qui est fragile ici. Ce canapé est fragile, car il y manque un pied. Venez voir, ces verres sont fragiles, fendus, n’y touchez pas. Cette lampe est très très fragile oubliez même de la regarder. Ce carton, il y a marqué Fragile dessus, mais il n’est pas fragile, il est vide ; vous pouvez le toucher, si vous en avez envie. Ceci, c’est le marteau qui servait à ma mère pour tonitruer les jeunes chats ; j’avais cru l’avoir revendu aux enchères dans une assemblée politique contre l’existence : quoi qu’il en soit, il n’est d’aucune utilité ici, oubliez-le. Vous aurez d’autres instructions plus tard, si vous vous tenez tranquille. Ah, et ne me touchez pas, car moi, je suis très très très fragile ; ne me touchez pas. Deuzio, voici un verre d’eau : heureuse ? Pour finir, flash info : vous êtes chez moi, ceci est mon salon, et c’est monsieur qui vous a ramassée, morte, devant la banque.

- (Après avoir bu d’une traite) Comment ? Morte ? Cet animal m’aurait trouvée, inanimée, sur le lieu de mes derniers souvenirs en date, hormis la session d’attention en cours ? Je le remercie. Sultan, merci.

- Il s’appelle Lars.

- Lars, merci pour tout. Respect. Mais dites-moi… au passage, comme ça… je suis stimulée intellectuellement par une idée qui tout à coup, se développe comme une bourrasque, qui menace de dérouiller le paysage, qui gît désarmé et à terre, sans défense. Pour tout vous dire… Quelqu’un m’a raconté l’histoire de cette vieille dame qui aimait beaucoup les chats ; à sa mort, les chats ont témoigné par leurs ronronnements post-prandiaux qu’ils l’avaient bien aimée aussi. Ce sont les voisins qui s’en souvinrent au micro, lors de la découverte de tous les squelettes grands et petits, deux mois après qu’un silence étrange s’était fait dans la maison de la joie. Était-ce une histoire de cet ordre ? Car voilà : pourquoi suis-je ici ? Pourquoi ce molosse m’aurait-il ramassée, je veux dire, que voulait-il faire avec moi, quand j’étais morte ?

- Oh… non… rien à voir… vous n’y pensez pas. Lars n’aime que les croquettes, c’est prouvé par l’expérience industrielle. Voilà !

- Vous ne dites pas la vérité ! Quelles étaient ses raisons, c’est cela que je veux savoir !

- Mais madame, pas du tout ! Qui peut connaître les sourdes motivations d’un chien, à rapporter chez lui un débris humain ? Un chien normal est qualifié pour rapporter un os ; j’en conclus que mon mari, naturellement plus musculeux, avait des arguments pour vous ramener entière. Ce n’est pas interdit, que je sache ? Et d’ailleurs, nous étions sur le point de vous donner une sépulture… quand vous vous êtes réveillée ; alors c’est bon, ça va. Maintenant, assez délayé, madame la Directrice ! Vous nous devez quelques explications, avec même, si vous voulez bien, une amende, des pénalités, et un haut taux d’intérêt. Ressurgir de la mort sans prévenir, ça, c’est interdit par toutes les règles ; du coup, j’ai besoin de cinq justifications, sinon je me sentirai flouée : alignez-les sur la table du salon, s’il vous plaît, et le jour où je saurai pardonner, je vous ferai savoir que nous sommes quittes.

- Mademoiselle ; non. À partir du moment où j’ai réintégré l’existence, nos droits redeviennent égaux ; de sorte que je n’ai pas, moi, à vous rendre de comptes à vous, sous prétexte que quelqu’un que je ne suis pas, puisque je suis vivante, vous a effrayée en, pour ainsi dire, effectuant une marche arrière illégale sur la voie à sens unique de la vie. On ne peut pas violer une loi : il faut qu’elle y consente. Ainsi, je ne vous dois rien ; je crois l’avoir scientifiquement prouvé.

- À propos de voie à sens unique, intervient le chien que cette conversation n’intéresse pas, c’est atroce, Marguerite, mais je crois que quelqu’un est en train de mettre ta voiture en prison. Elle a dû faire quelque chose de mal, par exemple saccager l’univers humain, ou tu as tout simplement oublié de te garer ; en tout cas, près du faux sapin, il y a deux hommes, un ogre en fer, et ta voiture dedans, comme un vieux lion de zoo dans une vieille cage de cirque. Est-ce que ça t’intéresse ?

- Quoi ?

- Oh, laisse. C’est la justice, après tout, et nous pouvons marcher, reprend le chien. Pardon, je vous ai coupées. Vous en étiez à refonder la sophistique sur un nouveau procédé de concassage du calcaire.

- Ce chien ne fait que gémir, coupe la vivante. Mademoiselle ; je ne sais pas pourquoi vous m’accusez au réveil. Au réveil, n’a-t-on pas besoin de croissants et de cafés plutôt que de reproches et de blâmes ? Mais j’ai l’impression que vous m’avez sauvé la vie ; j’ai chaud, dans cette couverture. Ainsi dois-je vous confesser qu’en toute sincérité, je me sens prête à vous remerc…

- Au bureau, jamais vous ne me parlez sur ce ton. Que vous payiez votre dû à mon égard en monnaie de pathos, je veux bien ; encore faut-il gager tout cela. Où avez-vous acheté cette émotion ? Elle est de mauvaise qualité ; j’espère que vous ne l’avez pas payée trop cher.

- Non, c’est un distributeur du capitalisme qui en proposait des échantillons ; j’en ai pris un, pour essayer ; d’ailleurs, il m’a aussi donné cette jupe de bureau, que j’utilise comme camouflage.

- Comme camouflage ? Vous mentez. C’est simplement votre instrument de travail ; vous le placez sur votre corps et la fusion entraîne immanquablement une augmentation salariale non-négligeable, qui vous permet d’acheter plus d’expériences et d’être d’excellents clients sur le marché de la vie. Exemple. Vous portez une jupe qui est le visage même du capitalisme. Regardez la matière. C’est tellement synthétique qu’on dirait que ça n’existe pas. On prend du carton, du métal, des bougies, on les distille, on les sèche, et c’est prêt-à-porter ? Le patron est l’œuvre des meilleurs designers du désert. Reçue par un livreur ? L’emballage devait être plastique, dans le sens le plus pétrolier du terme. D’une certaine façon, la nature est encore là : c’est une forêt, plus des millions d’années, plus le mauvais goût, le tout sous les apparences d’un vêtement. On n’a vu des accouplements plus étranges ; mais c’était certes il y a longtemps, dans un pays très éloigné, et dans les brumes des alcools forts qu’on respire je crois, là-bas, en guise d’oxygène.

- Mademoiselle ; permettez-moi ; ici ; contrairement au bureau ; vous allez vite en besogne : ne jugez peut-être pas la moniale à la silhouette de sa robe de bure. J’ai bien dit camouflage.

- J’ai bien entendu ; cependant, c’est dénué de sens.

- Putain de bordel de merde, jappe sombrement le chien, vous allez arrêter de vous foutre en l’air en duo ? Il se passe des choses autrement intéressantes, dehors. La mafia russe est en train de liquider le personnel de la fourrière, afin de densifier sa prise ; c’est la deuxième fois que ta voiture change de propriétaire, en moins de 5 minutes ! La rapidité des échanges aujourd’hui, c’est sensationnel !

- Vous ne pourriez pas museler cet animal ? Qu’a-t-il à aboyer tout le temps ? Son aboi, plus la sonnerie, plus vos hurlements, si je compte bien, ça fait : son aboi ; plus les gongs ; plus vos glapissements. Je ne recompte pas, car j’ai de l’expérience. Où en étions-nous ? Vous me disiez que c’est dénué de sens. Or, vous êtes dénuée de sens ; j’ai dit camouflage. Cette sonnerie ne cessera donc jamais ? À mi-voix et à part : Certes, c’est l’heure que j’attendais pour commencer à raconter, je me le représente parfaitement, monsieur. Il était aux environs de 11h, et vous veniez de partir

- Ha ha ha, coupe le chien, toujours stationné assis, rassurant et massif, devant le grand carreau sale de la fenêtre. Je n’ai jamais rien vu d’aussi drôle.

- Qu’est-ce qui te fait marrer comme ça ? demande Marguerite.

- Figure-toi… ha ha ha, qu’un arbre militant vient de s’abattre sur tout l’assemblage précédemment décrit ! C’est-à-dire qu’il s’est abattu en trois fois. La première, sur la mafia russe. La deuxième, sur la fourrière. Et la troisième, sur ta voiture ! Bon sang mais c’est l’arbre le plus dynamique, le plus motivé, le plus follement politisé que j’aie jamais vu de toute ma vie ! Margot, Margot, emmène-moi vite féliciter cet ami !
Frénétique frottis griffu tout le long du carreau.

- Il doit avoir envie de sortir. Vous nous accompagnez ?

- Riche idée ! Car en vérité si je reprends bien mes esprits, alors l’heure est vraiment gravissime au possible, de sorte que je ne m’explique plus pourquoi je ne me suis pas représenté plus tôt à quel point le temps presse actuellement. Dans ce cas, dépêchons-nous. N’oubliez pas de fermer à clé, on pourrait kidnapper votre misère, on kidnappe bien d’autres choses de nos jours… Figurez-vous qu’à 11 h, ce matin…

> Au prochain épisode : Que se passa-t-il ce jour-là devant la banque vers 11 h du matin ? Le 4e épisode se détournera-t-il dédaigneusement de cette question ?

Nous ne violons pas les lois (car elles sont consentantes) Par Ludovic Bablon
Le Matricule des Anges n°61 , mars 2005.
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